ROCK STYLE n° 17, Automne 1996:

 

"SIGNIFY"

5 / 5

 

Dans notre précédent numéro, Steve Wilson, le leader de Porcupine Tree, affirmait que "Signify" était le meilleur album du groupe à ce jour. Il y a un an, "The sky moves sideways" avait pourtant frappé très fort. On pouvait cependant reprocher à ce dernier un manque de morceaux pêchus, rentre-dedans. La quiétude et le douce mélancolie prévalaient sur l'énergie brute.

"Signify" reprend les choses là où Porcupine Tree les avait laissées. Seulement, cette fois-ci, la musique du groupe brittanique alterne planneries envoûtantes à de soudains accès de fièvre jubilatoires. Quelque part entre un Floyd énervé, un Gong qui aurait versé du Scotch dans sa théière et un queensrÿche sous acide, Porcupine Tree s'évertue à brouiller les pistes. Psyché technoïde ? Heavy progressif ? Pop planante ? Rien de tout cela et tout en même temps. Le talent de Steve Wilson, guitariste / chanteur inspiré, est de bousculer les clichés inhérents à tous ces styles de musique. De ce melting-pot improbable, Porcupine Tree signe un album sublime, parfaitement agencé, bourré d'idées novatrices et mélodiquement imparable. Après une courte intro parlée, c'est le choc ! "Signify" déboule comme un éléphant dans un magazin de porcelaine. Riff tournant infernal, rythmique en acier trempé et synthé spatial dans la grande tradition floydienne. Les morceaux s'enchaînent alors sans temps mort, mêlant adroitement planeries cosmiques ("Every home is wired", "Inermediate Jesus", "Light mass prayers") et de somptueuses envolées rageuses ("Sleep of no dreaming", "sever", "Idiot prayer" ou "Dark matter"). La palme revient cependant au dyptique "Waiting", synthèse totale du style Porcupine Tree. Une première partie chantée génialement pop et une deuxième instrumentale qui se déroule crescendo jusqu'à un final ahurissant, qui pourrait faire passer Hawkwind pour un gentil groupe FM. C'est dire le degré de folie et de maîtrise technique que dégage Porcupine Tree !

"Signify" est fascinant parce qu'il évolue dans une dimension musicale encore inexplorée, ouvrant ainsi de nouveaux horizons.

Un des groupes majeurs des nineties vient certainement de nous offrir l'album de l'année ...

 

Thierry BUSSON