Rock Style, n° 16, été 1996:

 

Porcupine Tree est une vraie révélation, un groupe hors normes qui multiplie les albums aventureux aux frontières du passé et du présent, et certainement orienté vers l'avenir. En mélangeant allègrement des rythmes techno à des schémas progressifs et psychédéliques. Porcupine Tree ouvre une brèche dans le paysage musical de ces années 90. Steve Wilson, tête pensante et géniteur de ce groupe inclassable, dévoile les secrets de ce projet étonnant.

 

Steve, comment est né Porcupine Tree ?

Porcupine Tree n'était qu'un projet entre 1988 et 1991, période pendant laquelle j'enregistrais des morceaux dans mon propre studio uniquement pour mon plaisir personnel et parce que je suis un grand fan de musique psychédélique, progressive et de "kautrock". En même temps, j'étais impliqué dans d'autres projets mais aucun d'eux ne me permettait d'explorer encore plus cette direction expérimentale. Finalement, j'ai enregistré mes morceaux préférés de Porcupine Tree sur deux K7 tirées à très peu d'exemplaires et que j'ai envoyé un peu partout. Et pour accompagner ces K7, j'avais fait une biographie totalement fictive du groupe, avec des personnages imaginaires comme Tarquin Underspoon aux claviers ou le percussionniste Timothy Tadpole-Jones ! Une des personnes qui a écouté ces deux K7 fut Richard Allen du label Delerium. Tout de suite, il a fait une édition de 300 exemplaires de ces deux K7. Tout est parti très vite ! Ce qui fait que Delerium a décidé de sortir toutes les chansons sur deux double albums. A ce moment-là, j'ai préféré faire une sélection des meilleurs morceaux et on a sorti un seul double album en 1992, "On the sunday of life ...". L'année suivante, j'ai enregistré le single "Voyage 34", qui n'est qu'un seul et unique morceau de 30 minutes, et l'album "Up the downstairs". De plus en plus de monde commençant à s'intéresser à ma musique, j'ai pris conscience qu'il fallait absolument faire de la scène. J'ai donc fait que Porcupine Tree devienne enfin un groupe. Avec Richard Barbieri aux claviers, Colin Edwin à la basse - ces deux musiciens avaient bossé avec moi sur "Up the downstairs" - et Chris Maitland à la batterie, on a sorti l'album "The sky moves sideways" en 1995 et le nouvel album "Signify" qui va sortir cette année.

Les influences les plus nettes de Porcupine Tree semblent se situer chez Pink Floyd et Hawkwind, non ?

Bien sûr, Pink Floyd période 67-83 et Hawkwind entre 70 et 75 sont deux influences importantes parmi d'autres. D'un autre côté, il y a certains éléments de la musique de Porcupine Tree qui proviennent directement de sources modernes, notamment l'usage du sampling, des rythmes trance et, sur le prochain album "Signify", de quelque chose qui se rapproche du trash métal ! Pour moi, il est très important de combiner différents styles pour que le groupe soit unique. Porcupine Tree à mes yeux n'est pas un groupe qui tire uniquement son essence du passé, de façon nostalgique, mais qui intègre des éléments de la culture contemporaine pour créer un vrai son progressif, dans le vrai sens du terme.

Certains disent que Porcupine Tree est un groupe progressif, d'autres emploient plus volontiers le terme de groupe psychédélique. Où situes-tu ton groupe ?

Malheureusement, ces deux termes ne sont plus depuis longtemps employés dans leur vrai sens mais sont utilisés pour définir un style de musique - les Beatles de la fin des sixties et Pink Floyd dans le cas du psychédélisme, et Genesis ou Yes en ce qui concerne le progressif. J'aime à penser que s'il y a bien une part de ces deux styles dans Porcupine Tree, il ya beaucoup d'autres éléments également. Je ne m'aventurerai donc pas à mettre une étiquette sur notre musique ...

Il semble que Porcupine Tree ait une belle renommée en Angleterre. En France, mis à part les fanzines, vous n'êtes pas vraiment connus ?

Notre popularité en Angleterre est essentiellement due au bouche à oreilles, que nous développons en essayant de faire de la musique de qualité et en tournant souvent. On a guère de presse en Angleterre et très peu de passages radio. Je suis sûr que c'est pour l'instant la même chose en France. Je pense que les gens qui ont acheté nos albums nous ont découvert par l'intermédiaire d'amis bien informés ou d'éventuels passages en radio. Nous aimerions vraiment venir jouer en France mais à ce jour aucun promoteur ne nous a contacté. En revanche, on tourne en Europe au mois d'octobre, spécialement en Italie, en Grèce et en Hollande.

En dehors de Porcupine Tree, tu t'investis également dans divers projets ...

Effectivement, j'ai toujours plusieurs projets. Mes goûts musicaux sont si larges que je n'arrive pas à canaliser toute mon énergie dans un seul projet. Je joue avec un groupe qui s'appelle No-Man, très expérimental avec l'utilisation d'éléments provenant du trip hop et de la musique industrielle. Notre nouvel album, "Wild Opera", sort d'ailleurs cet été. Karma et Pride Of Passion sont deux autres groupes dans lesquels j'ai joué à partir de la moitié des années 80 alors que j'étais encore étudiant. Ceci dit, aucun de ces deux groupes n'a à ce jour publié d'enregistrements. Diz Minnit et Brian Jelliman, qui font partie de Pride Of Passion, sont deux ex-membres de Marillion. Et récemment, Porcupine Tree a joué en première partie de Marillion sur leur tournée anglaise. D'autre part, je viens juste d'écrire quelques chansons pour le prochain album de Fish, "Sunsets & Empire".

Parle-nous du prochain album, "Signify". Quelle est ta vision de cet album par rapport à tes précédentes réalisations ?

"Signify" est de loin l'album de Porcupine Tree que je préfère. Jusqu'à ce que nous l'enregistrions, mon préféré était "On the sunday of life ..." et celui que j'aime le moins est "The sky moves sideways" parce que, avec le recul, je le trouve un peu trop calme et pondéré. Qui plus est, "Signify" est le premier album où le groupe joue sur tous les morceaux. Il y a donc nettement moins de sonorités artificielles et d'ordinateurs. Cet album contient les chansons les plus accessibles de Porcupine Tree, et d'un autre côté c'est certainement l'album le plus expérimental à ce jour. C'est l'album le plus aventureux de Porcupine Tree, tant au niveau de la performance que de la production. C'est le disque le plus varié depuis "On the sunday of life ...", un mélange de progressif, psychédélisme, trance, trash, ambint et plein d'autres styles. J'espère que vous l'aimerez !

Steve, un mot de conclusion ?

Oui ... Merci de ne pas m'avoir demandé pourquoi ce groupe s'appelle Porcupine Tree !

 

Par Bruno Versmisse