ROCK'N'FOLK n° 350 - octobre 1996:

 

PORCUPINE TREE

Signify

Delerium / Tripsichord

Note : Signify fait parti des disques du mois sélectionnés par la rédaction de R&F .

 

L'an dernier , THE SKY MOVES SIDEWAYS était venu tempérer l'impression monstrueuse laissée , en 1993 , par le sulfureux UP THE DOWNSTAIR. Du coup, sans se méfier, on s'apprête à savourer la cuvée 96, le cul mollement calé dans le fauteuil. Mauvais choix.

Après une courte intro ou se courtisent monologue et bidouillage atmosphérique , c'est le choc. Inattendu.

D'une violence inouïe.

Dès le second morceau le délire submerge , engloutit l'auditeur insouciant. PORCUPINE TREE frappe très fort , bouscule idiomes éculés de la progressive et clichés poncifs de la culture rock pour balancer un coup de boule monstrueux aux partisans acharnés d'un wack'n'woll méchamment animal , ceux-là même qui reprochent au prog' de se mordre la queue depuis vingt piges.

Steven WILSON , éminence grise du combo , administre un redoutable camouflet ou se nouent psychédélisme, progressive, space-rock, ambient, new-age, pop et métal. Rien que ça.

Pour situer l'envergure de la bête , imaginer le mariage virtuel de BJORK et Ian " Lemmy " KILMISTER. Avec pour témoins, d'un côté, Daevid ALLEN, et OZRIC TENTACLES , et de l'autre, Steve HACKETT et David GILMOUR. Et, en gourou de service, Steve HILLAGE, exhortant un parterre de fidèles composé de THE ORB, CAN, TALK TALK, MARILLION et THE BLUE NILE. L'hallu totale.

C'est pas une église mais le banquet de Baphomet. PORCUPINE TREE c'est ce foutoir, en plus foldingue.

GONG flirte avec HAWKWIND, KHAN gigue avec le FLOYD, et tous semblent envoûtés par d'obscurs DJs vaudous.

Un Sabbat lysergique ou le délire lumineux (" Signify ", " Waiting phase 2 ", "Intermediate Jesus ") s'encanaille de planeries éthérées (" Sleep of no dreaming ", " Light mass prayer ") et psyché (" Waiting phase 1 ").

Avec un panache digne des comètes de Halley et Encke , PORCUPINE TREE est passé du stade de proto-étoile à celui d'astre flamboyant dont l'éclat scintille désormais bien au-delà de la nébuleuse progressive.

 

Xavier CHATAGNON