ROCK HARD, n°21, avril 2003

 

PORCUPINE TREE

Le 12 mars 2003 à Bordeaux, Koslow

 

Comment décrire avec des mots la magie de ce concert ? On savait Steven Wilson musicien et producteur hors pair, mais ce garçon semble, de surcroît, avoir été aujourd'hui touché par la grâce ... Car il faut bien se rendre à l'évidence: Porcupine Tree a considérablement évolué en l'espace d'un album et revêt aujourd'hui les habits d'un messie musical à même de réconcilier les fans de métal et de rock. S'il est une tournée qu'il ne fallait en tout cas pas rater en ce début d'année, c'était bien celle de ce mystérieux et envoûtant Arbre à Porcs-Epic. Fort d'un nouveau deal (avec une major), d'un nouvel album et d'un nouveau batteur, le combo débarquait en France pour trois dates. La veille, à Paris, les anglais avaient rameuté plus de 600 personnes, ce qui est plutôt rassurant. Ce soir, à Bordeaux, c'est un peu plus de 200 spectateurs qui attendent impatiemment cette performance. Et avec un set très majoritairement axé sur In Absentia, son dernier album, la bande à Steven Wilson a sans conteste subjugué le public présent. En effet, les seuls regrets exprimés par les fans à la sortie étaient, d'une part, que la setlist ait fait l'impasse sur les trois premiers albums du groupe (rengaine habituelle à n'importe quel show ...) et, d'autre part, que le groupe se soit contenté d'une heure trente de concert, rappel compris. Là, c'est vrai qu'on en aurait bien repris un peu plus ! (Ndr: le groupe a joué plus longtemps à Paris). Côté satisfactions, l'apport de John Wesley à la seconde guitare et aux choeurs (comme sur le magnifique et poignant "Heartattack") est réellement conséquent, surtout dans la mesure où les morceaux de In Absentia sont très chargés en grattes. Quant à Gavin Harrison, le nouveau batteur, c'est un vrai tueur ("Hatesong") ! Il n'en fait pas des tonnes mais sa frappe est d'une redoutable efficacité et toute en subtilité. Steven Wilson, pieds nus, confirme qu'il est, en plus d'un chanteur charismatique, un musicien de génie, parvenant à tirer de sa guitare les sons les plus improbables. Et si chacun, à l'image de l'énigmatique Richard Barbieri, semble ce soir concentré sur son instrument, le groupe dégage pourtant tout au long du show une véritable aura, un charme intangible, presque mystique. C'est indéniablement sous le signe de l'énergie ("Wedding Nails" ou l'imposant "Tinto Brass" en rappel) plus que du psychédélisme, qu'est placé ce concert. Pour autant, la performance des anglais n'en est pas moins gorgée de sensibilité et d'émotion, et transporte littéralement les spectateurs dans un autre monde. Magique, on vous dit ! Le genre de concert qui nous conforte en tout cas dans notre choix d'avoir mis ce groupe hors norme en couverture de Rock Hard au mois de janvier.

 

Stéphane AUZILLEAU