INTERVIEW STEVEN WILSON / MIKE PORTNOY

(Progressia + Your Majesty - fan club français officiel consacré à Dream Theater - numéro 29 - hiver 2000 / 2001)

C'était un bien beau challenge que la rédaction de Progressia s'était fixé en septembre : réunir pour une interview exclusive le leader incontesté de Porcupine Tree, Steve Wilson, et le porte-parole de Dream Theater, l'incontournable Mike Portnoy, à l'occasion de leur tournée européenne commune.

Un rendez-vous qui a maintes fois failli tomber à l'eau pour des raisons de timings très serrés. En vérité, rien n'aurait pu se faire sans la bonne volonté des interviewés. Mention spéciale à Steve, qui, contrairement à son image de musicien inhibé, a littéralement organisé la rencontre. Tant d'égards vis-à-vis d'un fanzine (on n'est pas le NME !) mérite plus que le respect ! C'est donc dans une ambiance très décontractée, après le concert de Dream et dans la loge de Mike, que nous nous sommes retrouvés pour une interview très particulière, sous la forme d'un blind-test dont le fil directeur était les influences communes existants entre Mike et Steve.

Même si le but n'était pas de trouver les morceaux le plus rapidement possible, force est de reconnaître que Mike est très doué, et que Steve lui donne très bien la réplique.

 

PROGRESSIA : Mike, encore une fois, tu as choisi un grand espoir de la scène progressive en première partie. Pourquoi Porcupine Tree ?

Mike PORTNOY : Nous sommes toujours très fiers d'avoir d'excellentes premières parties et nous adorons Porcupine.. C'est à moi que revient le choix de la première partie et ce doit être un groupe que je peux voir et apprécier chaque soir, sur le côté de la scène. Steve a envoyé un e-mail à John, John me l'a renvoyé et j'ai tout de suite été partant car je les suis depuis plus de deux ans maintenant. Nous nous sommes occupés ensemble de gérer la logistique et le matériel de la tournée et les voilà ! C'est un plaisir pour moi de voir leur show chaque soir.

Et comment définirais-tu Porcupine Tree, de ton point de vue de musicien ?

Mike : On peut difficilement comparer un groupe à d'autres groupes, mais…

Steve : Je te vois venir… (rires) !

Mike : Porcupine Tree, c'est la combinaison de cinq groupes que j'adore : Radiohead, le nouveau Marillion, Pink Floyd, U2 et Jane's Addiction.

Steve : J'adore cette comparaison !

Et toi Steve, comment définirais-tu la musique de Dream Theater ?

Steve : Franchement, je ne connaissais pas bien Dream Theater jusqu'à récemment. Il faut savoir que l'Angleterre est le pire endroit au monde pour écouter de la bonne musique progressive. Ce doit être parce que les anglais l'ont inventé… ils sont tellement embarrassés par le genre qu'ils ont crée aujourd'hui ! Notre management nous a parlé de la tournée de Dream Theater, qu'ils pourraient être partants pour nous avoir en première partie. Je me suis donc procuré Scenes From A Memory… qui m'a coupé le souffle ! C'est certes une musique très technique, ce dont je ne suis pas grand fan, mais ils ont ce côté Heavy, tant dans leurs rythmiques que dans leurs solos, que j'apprécie énormément. Il y a cette chanson sur l'album qui commence comme ca : " tin nin, nin, nin, nin, nin…"

Mike : "Beyond This Life" (ndlr : il s'entraîne déjà pour la suite ! !) !

Steve : Cette chanson, ces riffs bien sombres et bien lourds ! Je suis allé les voir en concert en Angleterre pour SFAM et j'ai pu rencontrer John. On s'est alors arrangés. On leur a dit que l'on souhaitait tourner avec plusieurs groupes, ils nous ont dit qu'on devait faire toute la tournée, sinon on pouvait aller se faire foutre, alors on a accepté (rires) !

Cette tournée en commun illustre une conception de la musique que vous avez en commun, à savoir que le Progressif doit avoir une définition très large…

Mike : Nous sommes les deux extrêmes de ce que peut engendrer le Progressif : nous sommes le côté technique et Métal de cette musique, tandis que la musique de Porcupine Tree est bien plus…

Steve : Lente et bâclée (rires) !

Mike : … ils utilisent plus de samples, ils sont une mutation de Radiohead et de Pink Floyd. Ce sont deux extrêmes de racines communes. Steve, tu approuve, je suppose…?

Steve : Tout à fait. J'avais d'ailleurs peur des réactions du public face à notre musique. Nous avons essayé d'être plus Heavy en live, à défaut d'être plus technique, et la réaction des spectateurs a été excellente. Ils ont apprécié notre Rock sophistiqué et non uniquement une musique agressive et technique. Ils ont apprécié…

Mike : La qualité de la musique tout simplement !

Steve : Absolument !

Vos set lists respectives sont les plus Heavy jamais jouées en France. En dehors du Prog' Metal, point de salut en Europe ?

Mike : Nous allons dans cette direction depuis le début. Le Progressif avait pris une seule et unique direction dans les années 80 avec Marillion et tous ses clones. Incorporer du Métal était pour nous une évidence, le résultat de notre culture musicale (Metallica, Black Sabbath, …). Puis notre musique a influencé tous ces nouveaux groupes en Europe. Cependant, de notre point de vue, le Métal n'est qu'une composante de notre identité : le Métal, la technique instrumentale et la Pop, pour nos chansons les plus lentes, où les influences de U2 ou Peter Gabriel se font sentir. La set list de cette tournée était pour nous un moyen de nous éloigner de SFAM. Nous l'avons joué plus d'une centaine de fois en entier sur scène… C'était l'occasion de revenir sur l'ensemble de notre carrière.

Pour toi Steve, cet aspect Heavy est en revanche assez nouveau…

Steve : Mes goûts musicaux depuis ces deux dernières années tendent de plus en plus vers le Heavy et le prochain album de Porcupine lui aussi sera influencé par cette tendance. J'écoute Morbid Angel, Messugah, Sepultura, des groupes on ne peut plus lourds, et c'est ce qui me botte en ce moment. C'est pourquoi intégrer cette facette dans la set list, devant un public de métalleux, est un vrai plaisir pour moi.

 

BLIND TEST:

PINK FLOYD "The Happiest Day Of Our Lives" (The Wall)

Mike : (5 secondes, le temps d'entendre le speaker avant le début de la chanson) c'est Pink Floyd, The Wall…

Le titre ?

Mike : "The Best Years Of Our Lives" ?

"The Happiest Day Of Our Lives" (ndJ : je sais, c'est facile quand on a fait la sélection !).

Steve, je suppose que tu en as marre d'entendre parler de Pink Floyd. Mais, franchement, cette influence est incontournable chez Porcupine Tree…

Steve : c'est vrai. On nous compare constamment à Pink Floyd. Les gens croient que j'écoute leurs disques toutes la journée. Certes, je les écoutais étant adolescent, mais je n'ai pas mis un de leurs disques depuis des années, surtout avec ce qu'ils font maintenant… . En fait, je crois que ce que l'on écoute à l'adolescence est ce qui a tendance à laisser sur soi les impressions les plus fortes, les plus tenaces. Et des gens qui ne se connaissent pas entre eux continuent de me parler de Pink Floyd pour qualifier Porcupine Tree : c'est bien qu'il existe un lien… Mais c'est vraiment étrange et difficile pour moi d'entendre aujourd'hui que Porcupine est le nouveau Pink Floyd, surtout que je ne suis pas de leur génération et que notre musique va beaucoup plus loin que cela. C'est ainsi, malgré le fait que je pense qu'il y a beaucoup plus de Fripp (qui est mon guitariste préféré) que de Gilmour dans mon jeu.

Pour toi, Mike, je sais que Dream Theater avait emporté The Wall en studio lors de l'enregistrement de Metropolis - Part 2. Une influence majeure…

Mike : The Wall est pour moi le plus grand album de tous les temps ! Il y a tant de choses chez Pink Floyd… Evidemment avec le quatuor Dark Side of the Moon, Wish You Were Here, Animals et The Wall, mais aussi dans leurs albums plus anciens comme le Live At Pompei et Atom Heart Mother… Pink Floyd est l'un de mes trois groupes préférés et je les écoute encore souvent. Je n'apprécie pas trop les derniers albums, que je considère plus comme des albums solos de Gilmour. Mais leur influence, à la fois sur moi mais aussi sur le reste du groupe, est énorme et quand il s'est agit de faire SFAM, un concept album, nous nous sommes naturellement tournés vers The Wall pour trouver notre inspiration. Une chanson comme "The Spirit Carries On" est incroyablement "Pink Floydesque".

La question que tout le monde se pose désormais, c'est : comment écrire un album traditionnel après une expérience aussi marquante que SFAM ?

Mike : Je n'en sais rien ! On verra quand on y sera (rires) ! Je ne pense pas que l'on refasse un concept album. Nous verrons où nous irons, nous n'avons jamais eu d'à priori sur la musique. Nous composerons et attendrons de voir ce qui sortira.

Steve, souhaites-tu refaire un concept album ?

Steve : Je n'en ai pas encore écrit un…

Tout de même, Voyage 34 ou The Sky Moves Sideways…

Steve : En fait je n'aime pas les concepts albums dans lesquels les chansons ne sont que des blocs s'enchaînant les uns aux autres dans le but de servir un concept. Pour moi, le concept narratif dirige le "flow" de la musique, et lorsque j'essaie d'écrire des chansons, la musique doit, dans ma conception, s'assembler selon ce qui a le plus de sens de mon point de vue, et non pas selon ce qui a le plus de sens d'un point de vue narratif ou lyrique. Lorsque l'on réalise un concept, on ne peut pas s'arrêter, car lorsque l'on trouve enfin la bonne idée, la chanson phare, impossible de la caser car la narration vient tout remettre en question et…

Mike : Il y a un moyen de la faire en vérité, et c'est que nous avons fait avec SFAM. Nous avons écrit toute la musique en premier, car c'est ainsi que nous procédons habituellement, tout préparé, en retenant un début, une fin pour l'album. Ensuite, nous avons passé beaucoup de temps à diviser la musique en séquences, puis en les modifiant, dans le seul but d'obtenir le meilleur "flow". Une fois fait…

Steve (très attentif aux explications de Mike) : Vous avez écrit et posé les paroles…

Mike : Nous avons écrit l'histoire après avoir composé cette pièce de 77 minutes de musique. Ensuite nous avons divisé l'histoire en chapitres, pour les assignés à chaque séquence musicales.

Steve : C'est la seule façon de le faire ! Mais j'en serai incapable, car je suis un chanteur et un songwriter qui compose de façon traditionnelle. Je cherche une mélodie, les vocaux découlent des accords, puis les paroles et j'obtiens alors une chanson. Je commence à travailler avec un groupe de chansons courtes et de mélodies, et je les combine de manière à obtenir un album. Je ne peux pas travailler dans l'optique d'un concept narratif. Signify était peut être un concept album, les chansons traitant du même sujet, mais elles ne sont pas structurées de manière à raconter une histoire.

Mike : Beaucoup de gens disent que Sergent Pepper ou Dark Side sont des concept albums, mais au niveau des paroles, ce n'est absolument pas le cas. Musicalement, d'accord. Il y a une différence entre un album dont se dégage un feeling propre, comme disons Thick As A Brick, quoique celui-ci puisse avoir un concept, et un album basé sur un concept qui a une histoire, comme The Lamb Lies Down On Broadway ou The Wall.

 

RADIOHEAD "Climbing Up The Walls" (OK Computer)

Mike (trois secondes) : Porcupine Tree, "Shemoveson" (ndlr : très, très révélateur…) !

Steve : Non (rires) ! C'est "Climbing Up The Walls" de Radiohead !

Est-ce que le succès de Radiohead prouve que l'on peut s'adresser aux masses tout en étant expérimental ?

Steve : Je vais te dire ce que je pense de Radiohead. En Angleterre, Radiohead venait d'un milieu Indé (ndlr : Rock Indépendant) et assez obscur, et c'est bien là que l'on peut expliquer le succès de Radiohead et l'anonymat de Porcupine Tree, qui vient de la scène progressive. Radiohead illustre une chose : c'est qu'il est bien plus facile de faire de la musique sophistiquée quand on vient de la scène Indé, milieu très à la mode et mondain. Je trouve que le premier album de Radiohead est assez mauvais, que le second contenait de grandes chansons et que OK Computer est un chef d'œuvre. C'est là qu'ils sont devenus expérimentaux. Pour moi, OK Computer aurait été leur premier album, ils n'auraient même pas pu signer de contrat avec une maison de disques. Porcupine Tree a bataillé pendant des années pour devenir comme Radiohead, nous sommes sophistiqués depuis le début. Mais eux avaient un plan marketing, de très bons contacts avec la presse musicale du fait de leur appartenance à cette scène mondaine. C'est pourquoi ils ont pu faire la différence…

On revient à l'attitude des médias, à leur volonté de tout catégoriser…

Steve : Oui, Radiohead ne s'est jamais revendiqué de la scène progressive. Même maintenant, la presse n'aime pas cette référence, et Radiohead ne se réclame toujours pas de cette influence. C'est pourtant si évident que Floyd et Crimson ont eu un impact sur eux, et pourtant ils ne les citent jamais en interviews. Oui c'est Progressif, oui c'est du Rock sophistiqué, et nous devons être reconnus pour cela !!!

Mike, je suppose que tu es d'accord avec ces commentaires…

Mike : Tout à fait. Je pense qu'ils n'ont pu expérimenter de la sorte qu'après le succès de Creep. Sans ce single, ils seraient probablement tombés dans l'oubli après un album comme OK Computer. Il suffit de voir U2. Si on écoute leurs deux premiers albums, on se rend compte qu'ils sont incroyablement primitifs. Puis leur musique est devenue de plus en plus expérimentale. De même pour les Beatles, quand on écoute la manière dont ils enregistraient leurs premiers disques. Mais j'adore Radiohead, un des groupes que je préfère ces dernières années. Leurs chansons sont entêtantes, mélodiques, mais leur production est si expérimentale… . J'ai reçu leur dernier disque hier (ndlr : nous sommes à l'avant-veille de la sortie de Kid A). J'ai juste eu le temps de l'écouter une fois, alors je ne peux pas donner d'avis mais c'est…

Incroyablement expérimental…

Mike : Oui, c'est la première chose qui m'a frappé : la musique n'est plus basée sur des chansons. Même OK Computer, qui est très expérimental, reste centré sur des chansons, de superbes mélodies. Mais il faudrait que je le creuse au moins une vingtaine de fois avant de me faire une opinion.

Steve, vous devriez tout faire pour tourner avec ces gars, ce serait la tournée ultime ! Vous avez tant en commun !

Steve : Absolument, le problème est que le reste du monde veut faire leur première partie ! C'est le meilleur groupe pour vous légitimer et vous faire connaître…

Mike : Vous devriez essayer, s'ils vous découvrent…

Steve : Je sais qu'ils s'intéressent à tout, qu'ils sont très ouverts, mais je ne pense pas qu'ils soient très chauds pour….

Mike : Un groupe de Progressif…

Steve (las) : Oui, et pourtant, il est si évident que nous avons des choses en commun. C'est comme ca que les choses fonctionnent en Angleterre…

Mike : Je connais ca… L'Angleterre est notre pire marché (ndlr : pas la première fois que Mike se plaint de la perfide Albion). Jusqu'à récemment, nous avons souffert de cette catégorisation, du "Classic Rock"… Les magazines de Métal nous avaient bannis de leurs colonnes du fait de notre côté technique et de leurs a priori contre le Progressif. L'Angleterre est d'ailleurs toujours réticente envers nous.

Steve : Je m'en suis rendu compte en voyant à quel point Dream Theater est énorme en dehors de mes frontières !

 

MARILLION "Under The Sun" (Radiation)

Mike (10 secondes) : C'est Marillion !

Steve (surpris) : Ah bon ?!

Mike : Oui, j'aurais de toute façon trouvé avec la voix de Steve Hogarth !

Steve, tu les as produits sur Marillion.com…

Steve : C'est justement à cause de ce que nous venons d'écouter qu'ils m'ont demandé de les produire ! Ils souhaitaient avoir un meilleur son que sur Radiation, avoir un son plus ouvert, avec plus de texture, c'est pourquoi ils ont fait appel à moi. Je n'avais d'ailleurs jamais écouté Radiation auparavant.

Tu serais intéressé par produire d'autres artistes ?

Steve : je viens de terminer la production de deux nouveaux artistes : Opeth, un groupe de Dark Metal Progressif de Suède. Un groupe fabuleux ! Tu les connais ?

Oui…

Steve : Vraiment extraordinaire ! Vraiment sombre ! Et j'ai produit un album de Jazz réalisé par la fille d'un saxophoniste, Jan Garbareck, qui sortira l'année prochaine.

Quant à toi Mike, tu as une longue histoire commune avec Marillion…

Mike : Je suis fan de Marillion depuis le Script For A Jester Tour, pour lequel ils ouvraient pour Rush. Je les suis donc depuis le début. Dream Theater a ouvert pour eux aux Etats-Unis lors des premières dates avec Steve Hogarth. Puis Steve Rothery et Steve Hogarth ont joué avec nous au Ronnie Scott en 1995 et Pete Trewavas joue avec moi au sein de Transatlantic. Et il y a plus que de simples connexions musicales avec Marillion. Misplaced Childhood et Clutching At Straws sont des albums qui me sont très chers, deux de mes favoris. Ils ont eu une grande influence sur mon travail de parolier pour Dream Theater. Et j'apprécie également la période Hogarth. Nous avions parlé de tourner ensemble… Je ne sais pas si cela se fera un jour, mais j'aimerais vraiment beaucoup.

 

SLAYER Guilty (Undisputed Attitude)

Mike : Slayer, une reprise non ?

Oui, une reprise Punk sur l'album Undisputed Attitude.

Mike : j'ai trouvé grâce à la voix de Tom Arraya !

Steve, j'ai été surpris d'apprendre que tu appréciais ce genre de musique !

Steve : Reign In Blood est un de mes albums favoris…

Mike : De même pour moi…

Steve : Les gens ont l'habitude de t'appréhender par rapport à la musique que tu joues, ce qui explique cette référence à Pink Floyd. Miles Davis est mon artiste favori, mais on ne retrouve rien de Davis dans Porcupine Tree. On a en commun avec Slayer ce côté un peu miteux (rires) !

Mike : Pas besoin d'aller chercher si loin pour moi (rires) ! On retrouve ce côté Thrash dans mon jeu, ce qui fait la puissance de Dream Theater, qui vient aussi du jeu de John Petrucci. J'avais l'habitude d'utiliser du Slayer dans mon solo de batterie il y a quelques années. On a fait quelques shows avec eux, dans des festivals en Allemagne, en Finlande et au Brésil. Dream Theater peut jouer avec Slayer, Pantera et Megadeth, tout comme il peut jouer avec Elton John, Rod Stewart… . De telle sorte que nous sommes amis avec tout le monde… et personne en même temps (rires) !

Je mets involontairement la cassette sur l'autre face...

Steve : c'est "A Perfect Circle" n'est ce pas ?

Exact. En fait j'ai hésité à l'inclure car si je savais que Mike est un grand fan de Tool, je ne savais pas ce qu'il en était pour toi…

Steve : j'adore, ils sont fascinants !

Ils ont fait la meilleure vente US pour un premier album !

Steve : Mieux que Britney Spears ? Ca m'étonne, je ne les croyais pas aussi bon (rires) !

 

KING CRIMSON "Into The Frying Pan" (The ConstruKtion of Light)

Steve (5 secondes) : King Crimson, The ConstruKtion Of Light. C'est un album affreux !

Mike : Je les ai adoré avec Tony Levin et Bill Bruford. Depuis qu'ils ont quitté le groupe, King Crimson m'intéresse moins. Mais j'adore leur album Thrak.

Steve : Je trouve que King Crimson est un peu… fatigué sur cet album. Ce que j'ai toujours adoré avec KC, c'est qu'à chaque fois qu'il faisait son retour, il se réinventait complètement, de leur premier album à Islands, puis Red qui va dans une direction complètement différente, puis les années 80… . Et quand ils sont revenus avec Thrak (ndlr : en 1994 et 1995), ils proposaient une sorte de mélange de tout ce qu'ils avaient fait auparavant, sans toutefois être aussi innovateurs. Je travaillais avec Robert Fripp peu de temps avant qu'il ne sorte cet album, et il me disait que les groupes qui marchaient à l'époque, comme les Red Hot Chili Peppers, s'étaient inspirés de lui en jouant cette sorte de Funk Metal. Et il était vraiment déçu, il me disait que King Crimson avait beaucoup d'influence sur ces groupes, Primus également, et qu'il n'aurait jamais le même succès au Bilboard… . Et il a sorti cet album avec tous ces synthés, ces percussions électroniques, avec des influences Drum & Bass, presque Techno. Vous connaissez les ProjeKts ?. Je trouve que le groupe paraît beaucoup plus vivants sur ces disques que sur The ConstruKtion Of Light, qui est bien trop mathématique, trop "Fripp". Les ProjeKts ont beaucoup plus de personnalité, alors que Crimson semble avoir perdu un peu de l'esprit qui l'animait.

Fripp a également une conception intéressante de l'industrie musicale, contre laquelle il est en lutte avec sa propre maison de disques, Discipline…

Steve : Absolument ! Il en avait besoin avec tout ce qu'il produit ! Dix albums de soundscapes (ndlr : musique ambiante à base de guitares trafiquées), quinze albums de King Crimson jammant en studio (rires) ! Ca en devient presque malsain (rires) ! Mais pour les fans, c'est fantastique !. Je n'en peux plus d'attendre les démos de The ConstruKtion…, le mixage de The ConstruKtion… (rires) !!! Parce qu'ils vont arriver, c'est sûr !!!

Pour conclure, Steve, pourrais-tu poser à Mike une question qu'il ne veut pas entendre ?

Steve : Je ne sais pas… quand vas-tu me demander de produire Dream Theater (rires) ?

Mike : En vérité, c'est une bonne question car j'adore la production de Steve, notamment sur les derniers Porcupine Tree, et également sur les derniers albums de Fish. Je suis certain que Steve a toutes les capacités pour nous produire, mais Dream Theater est désormais très autonome. Aujourd'hui, John Petrucci et moi sommes capables de nous occuper de tout et j'adore avoir ce genre de… contrôle. Mais j'aimerais beaucoup travailler avec toi sur un projet type Transatlantic ou autre.

Peut-être le début d'une prochaine collaboration…

Mike : J'aurais adoré travailler avec Steve pour Transatlantic. Transatlantic va où veulent bien l'emmener les membres qui y sont impliqués. Si le premier album est si Progressif, si "Old School", c'est bien à cause des membres qui le composent. Au début, je pensais à Jim Matheos de Fates Warning pour Transatlantic. S'il avait rejoint le groupe, ce dernier aurait été nettement plus orienté Métal. De même si Steve avait participé, Transatlantic aurait évolué vers quelque chose de plus spatial et mélodique, vers du Pink Floyd (rires) ?!? Ce côté mélodique de Steve, cela aurait été fabuleux de le retrouver sur Transatlantic. L'idée derrière Transatlantic était de regrouper les têtes pensantes de chaque groupe : Neal est le leader des Spock's, Jim Matheos celui de Fates Warning, Roine pour les Flower Kings…

Et tu as devant toi un leader également !

Mike : Et un fabuleux guitariste, compositeur, chanteur, producteur… Steve avait vraiment le profil idéal pour un tel projet .

Et toi Mike, as-tu une question pour Steve qu'il ne voudrait pas entendre ?

Mike : Steve, veux-tu rejoindre Transatlantic (rires) ?

Steve : Est-ce un projet centré sur un album, ou prévoyez-vous d'en faire un autre ?

Mike : Il n'était prévu de n'en faire qu'un, mais le premier a eu un tel succès et s'est tellement bien vendu que tout le monde veut en faire un nouveau.

Steve : Et bien alors… pourquoi pas (rires) !

 

Julien Monsenego