MAGIC ! , n° 43, Juillet / Août 2000

 

"Lightbulb Sun"

 

Cas un peu étrange que le groupe de Steven Wilson, qui chante, joue guitare, banjo, piano, dulcimer, mellotron et signe tout l'album. Prenez le premier morceau éponyme de l'album. Il démarre délicatement acoustique, dans une veine pop anglaise rebattue mais classieuse, puis s'excite brièvement sur un riff ledzeppelinien, avant de finir acoustico-psychédélique avec interludes distordus. Plusieurs autres morceaux semblent fatalement hésiter entre pop porcelaine, puissante structure voire tentation symphonique middle of the road, y compris dans les nombreus titres à dominante acoustique. Le cul entre deux ou trois chaises musicales ? Pas toujours. Cette ambiguïté peut donner des résultats inédits et ambivalents. Wilson, dont la voix appartient indubitablement au registre pop sensible, est visiblement de ceux qui intériorisent mais ça ne l'empêche pas d'être fasciné par l'efficacité d'un bon gros accord, comme le prouve la chanson ironico-désabusée Four Chords That Made A Million. Car, dans le domaine textuel, on est également dans l'ambigu, voire le bilieux, mais avec pas mal de talent. Des souvenirs heureux de petite maladie d'enfance, de la Hate Song avortée adressée à un ancien amour, de la déprime à moitié consentante. Rien que du malaise sublimé ou combattu par tous les moyens à disposition: un peu d'emphase, un peu de poésie, un rien de sensiblerie, deux doigts de puissance brute, un chouia d'excentricité. Wilson est un bon auteur pop indie qui se rêve parfois en rock star dépoitraillée ou en auteur costard cravate de tubes (comme dans le temps). Rien de grave.

 

Philippe RICHARD