HARMONIE MAGAZINE, N° 40, Novembre 2000

 

"Lightbulb Sun"

Un an après l'excellent Stupid Dream, la bande de Steve Wilson revient aujourd'hui en force avec un nouvel album tout bonnement magnifique qui délaisse sciemment la veine "psychédélico-floydienne" des débuts au profit d'une pop-rock dépressive de haut vol. Et, de fait, Lightbulb Sun n'a strictement rien à envier au référenciel OK Computer de Radiohead. Porcupine Tree nous offre en effet ici un concept magistral, épiloguant avec tristesse et émotion sur le long cortège d'illusions perdues jonchant la route d'une adolescence qui se consume inexorablement (à l'image de l'ampoule que tient le jeune teenager anglais figurant sur la mystérieuse pochette du disque).

Les compos concoctées par nos sujets de la perfide Albion se montrent à la hauteur de cet univers lyrique d'une rare noirceur et voguent au gré des flots de la mélancolie et du renoncement.

La richesse des arrangements concourt pour beaucoup à la réussite de l'ensemble, la palette traditionnelle de la formation étant intelligemment élargie avec l'utilisation judicieuse d'un quatuor à cordes (dont les partitions somptueuses de fluidité sont signées Dave Gregory, leader de XTC et par ailleurs compère de Richard Barbieri au sein du Steve Hogarth Band) et de divers instruments habituellement peu usités (clavinet sur Shesmovedon, harpe et banjo sur Last chance to evacuate planet earth before it is recycled).

Portés par une mise en son irréprochable, les dix morceaux constituant la trame de Lightbulb Sun rivalisent d'éclectisme et d'inspiration. Là où le single Four chords that made a million est un bon gros rock bien pêchu évoquant, par sa "tourne", le What color is god ? de Fish, le diaphane et minimaliste How is your life today ? renvoie aux travaux de Syd Barret et le magistral Hate Song, aux loops de basse digne de Tinto Brass, nage dans des eaux que n'aurait pas reniées le Cure de la grande époque (les intégristes de tous poils vont nous péter un cable !).

La palme de la réussite échoit toutefois indéniablement au désespéré Feel So Low sur lequel les dialogues voix / cordes / Hammond touchent véritablement au sublime (neurasthéniques, s'abstenir !) ainsi qu'à l'épique Russia On Ice qui, après une première partie symphonique flamboyante, bascule soudainement dans une jam-session "psychédélico-jazzy" savamment (dé)structurée avant d'exploser dans un orgasme final dévastateur, digne du "King" de Marillion ou du Soundgarden le plus déjanté.

Nous voilà donc en présence d'un opus de toute beauté qui devrait définitivement propulser le groupe au sommet de la scène rock internationale.

Et Dieu sait s'il le mérite !

 

Bertrand POURCHERON