HARD-ROCK MAGAZINE, n° 87, janvier 2003:

 

PORCUPINE TREE

Coup d'essai, coup de maître !

Pour son premier album chez LAVA / ATLANTIC, PORCUPINE TREE a vraiment frappé un grand coup.

In absentia constitue en effet une œuvre remarquable, qui marie avec bonheur métal dépressif, pop sophistiquée et psychédélisme arty. Steven WILSON, le mentor pétri de talent de ce groupe hors normes, nous en dit plus.

Hard rock : La signature de PORCUPINE TREE sur une major, après plus de dix ans de carrière, représente pour toi un véritable aboutissement.

Steven WILSON : Oui, absolument. D'autant que nous ne sommes pas arrivés là par hasard. Ce deal est le fruit d'un travail de très longue haleine. Nous l'avons décroché à la force du poignet en multipliant les disques et les concerts. Résultat des courses : nous disposons aujourd'hui d'un following incroyablement fidèle.

En nous enrôlant, les responsables d'Atlantic ne sont donc pas complètement partis dans l'inconnu.

Par ailleurs, je crois que certains gros labels ont récemment changé leur fusil d'épaule en termes de politique artistique. Quand ils ont constaté que des combos comme RADIOHEAD, SIGUR ROS ou encore TOOL étaient capables de séduire les foules avec une musique pas franchement facile d'accès, ils ont cessé de tout miser sur des conneries du type boys bands et décidé d'ouvrir les pages de leur catalogue à un petit nombre de formations jouant du rock sophistiqué.

On a eu la chance de faire partie du lot (rires)…

Ce contrat est, quoi qu'il en soit, extraordinairement bénéfique pour nous.

Il va nous permettre de toucher, grâce à un soutien marketing d'envergure (singles, passages radio), toute une population de kids qu'il est impossible d'atteindre pour un groupe indépendant.

Last but not least, nous allons enfin pouvoir tourner un peu partout dans le monde sans avoir à se prendre la tête avec des problèmes de fric insurmontables.

Justement, comment se sont déroulés, cet automne vos nombreux gigs aux States comme tête d'affiche ?

Hyper bien ! Le staff de LAVA avait superbement organisé l'événement et je pense que nous avons, à cette occasion, pas mal élargi notre public.

Vous avez également donné là-bas quelques shows en tant que support act de YES. De quelle manière avez-vous décroché cette première partie ?

Chris SQUIRE et Jon ANDERSON étant de grands fans de PORCUPINE TREE, ils ont convaincu leur management d'entrer en contact avec le notre afin de booker ces dates communes.

Ce fut un sacré bonheur pour nous, vu l'énorme respect que j'éprouve pour ces figures emblématiques de la scène progressive.

Ceci étant, des combos comme OPETH et MESHUGGAH me branchent aujourd'hui davantage que YES.

Que Chris et Jon me pardonnent s'ils lisent un jour cette interview (rires)…

Là ou vos deux albums précédents, STUPID DREAM et LIGHTBULB SUN, offraient une pop raffinée et expérimentale évoquant RADIOHEAD, votre nouvel opus privilégie, sur de nombreux titres, une approche résolument métal. Est-ce la conséquence de tes goûts du moment ?

Oui, sans doute, mais de façon plus inconsciente que réellement calculée.

Ma rencontre avec Mikaël AKERFELDT d'OPETH a constitué en fait un véritable tournant dans ma carrière.

A son contact, mes horizons musicaux se sont considérablement élargis et j'ai découvert des groupes de métal extrême qui m'ont fait flasher.

IN ABSENTIA s'inscrit donc, d'une certaine manière, dans la continuité de ma collaboration avec Mikaël sur BLACKWATER PARK. Cependant, les principaux ingrédients du " style " PORCUPINE TREE sont bel et bien présents sur ce disque, qui ne marque en aucun cas une rupture brutale avec le passé.

Il constitue simplement le fruit d'une évolution naturelle.

Tes paroles y sont particulièrement sombres et tourmentées. Tu décris en effet, non sans délectation, certains des aspects les plus effrayants de l'âme humaine…

Tu as entièrement raison. Bon nombre de chansons parlent ainsi des " trous noirs " caractéristiques de certaines pathologie psychotiques.

Il s'agit là d'un phénomène que les médecins ont observé, entre autres, chez les serial killers, et ce sujet me passionne.

Tu t'es fendu par le passé d'attaques virulentes à l'encontre de l'institution religieuse " Intermediate Jesus ", en 1996, ou de " Even less ", en 2000. Pourquoi ?

Je considère que la plupart des religions prospèrent sur l'ignorance et la misère des populations les plus défavorisées. Au lieu de résoudre les problèmes quotidiens liés à la misère, elles ne s'intéressent qu'à l'argent et au pouvoir.

Sans compter qu'elles soufflent à dessein sur les braises du nationalisme et de l'intolérance.

Par leur faute, on assiste d'ailleurs actuellement, aux quatre coins de la planète, à une inquiétante montée de la haine et du fanatisme.

Histoire de conclure cette interview sur une note plus optimiste, quand pourra-t-on vous voir sur scène en France ?

Sans doute courant avril. Il y a de grandes chances que l'on donne une poignée de concerts chez vous à cette époque. En coheadlining avec OPETH.

De toute manière, on vous tiendra au courant.

 

Bruno VERSMISSE