HARD-ROCK MAGAZINE, n° 60, Septembre 2000:

 

PORCUPINE TREE : PORC-EPIC et POP EPIQUE

A peine un an après la sortie de l'excellent Stupid dream qui marquait un virage vers une musique plus pop et moins psychédélique, le groupe de Steve Wilson enfonce le piquant avec son non moins excellent nouvel album, Lightbulb sun. Ce disque mélange avec bonheur rock progressif, pop typiquement british et musique planante dans l'esprit des Pink Floyd. Après les albums de Transatlantic et juste avant les nouveaux Flower kings et Spock's beard, Lightbulb sun confirme que l'An 2000 est une année faste, au moins artistiquement, pour la grande famille du progressif.

 

C'est toujours un réel plaisir de converser avec Steve Wilson, le fondateur et lâme de ce groupe à part. A l'instar d'un Andre Matos (ex-Angra) ou d'un Tobias Sammet (Edguy), quelques minutes suffisent pour se rendre compte que l'on a affaire à un jeune homme très intelligent. La sortie de ce nouvel album et la perspective d'une première partie de Dream Theater en octobre tombent à pic pour justifier un petit coup de fil outre-Manche, histoire de prendre quelques nouvelles d'un des rares produits anglais encore savoureux.

 

Hard-Rock: Lightbulb sun est finalement assez proche de Stupid dream ...

Steve Wilson: Oui, absolument. De tous les disques que nous avons faits, c'est entre nos deux derniers que la différence est la moins importante. La raison en est assez simple: une année seulement sépare ces deux albums, et les chansons ont été écrites à peu près en même temps. Pour moi, Lightbulb sun est simplement la suite des idées de Stupid dream, même s'il est plus intense, plus organique et sans doute aussi plus mélancolique. C'est également pour ça que notre prochain album devrait être franchement différent.

 

Est-ce plus difficile d'écrire des titres courts et accrocheurs que des titres longs et progressifs ?

Oui, sans hésitation. Ca demande plus de travail de composer de la musique que j'appellerais verticalement complexe. En clair, quand j'écrivais de longs morceaux, chaque partie était était finalement assez simple. Et la complexité venait de la manière dont les parties étaient reliées les unes aux autres. Voilà ce que j'appelle la complexité horizontale. Les chansons courtes que tu trouves sur nos deux derniers albums ne sont pas horizontalement complexes dans la mesure où elles ont une structure assez traditionnelle couplet/refrain. En revanche, la manière dont les différents éléments sont superposés, par exemple les différentes harmonies vocales ou les différentes parties de guitare, est très recherchée et très aboutie. Nous continuons à créer des morceaux longs, mais les courts sont bien plus difficiles à écrire. Il faut que les mélodies soient plus fortes, car tu ne peux pas te permettre de longues digressions. A mon sens, les chansons les plus complexes sont du type "Strawberry fields forever" des Beatles ou "God only knows" des Beach Boys: 2' 30 de pure symphonie pop. C'est ça, le meilleur de la pop musique, et non les chansons longues et prétentieuses. Et ça demende beaucoup plus de travail. Ce n'est pas ce que je pensais il y a cinq ans, mais c'est ce dont je suis convaincu aujourd'hui.

 

Sur cet album, on trouve des instruments à cordes sur trois titres. Est-ce une chose dont tu avais envie depuis un moment, ou as-tu simplement saisi l'occasion de travailler avec Dave Gregory (XTC) ?

Les deux. J'adore les vrais instruments à cordes. Les entendre sur disque m'a toujours attiré. Mais c'est la première fois que nous avions les moyens d'enregistrer avec des musiciens professionnels. En plus, nous avions l'opportunité de travailler avec un arrangeur expérimenté. Je ne sais pas écrire de parties pour orchestre. Ca s'apprend. XTC est un de mes groupes préférés, et ce que j'aime en particulier chez eux, ce sont les arrangements de Dave Gregory. Sur Skylocking, par exemple, les cordes sont fantastiques. Il a quitté XTC alors que nous commençions à travailler sur Lightbulb sun, et nous savions alors qu'il cherchait des projets sue lesquels travailler. J'ai pris contact avec lui, je lui ai proposé de bosser sur nos arrangements, et comme il aimait notre musique, il a fait un super boulot.

 

Parlons un peu de votre prochaine tournée en première partie de Dream Theater. Es-tu un peu anxieux ?

Non, j'attends ça avec impatience ! Pour te donner une idée, nous avons fait ce week-end la première partie de Sonic Youth, et je dois admettre que là, j'étais assez angoissé, car je pensais que leur public allait nous détester. Avec Dream Theater, ce n'est pas pareil car nous sommes plus compatibles musicalement, même si nous sommes assez différents. Ils sont plus rock, mais je suis sûr qu'une grande partie des fans de Dream sont intéressés par des choses plus expérimentales comme Porcupine Tree.

 

N'es-tu pas surpris que Porcupine Tree recueille d'excellentes chroniques dans tous les magazines de metal ?

Si, ça me surprend, mais de moins en moins car ça arrive de plus en plus souvent. Ca n'a rien d'arrogant, c'est juste la vérité. Pour te donner un exemple, je suis en train de produire un groupe suédois qui s'appelle Opeth, et c'est un groupe de metal. Ils m'ont contacté car ils adoraient Porcupine Tree. Ils m'ont envoyé leur disque, et lorsque je l'ai mis, j'ai été très surpris car c'était très heavy. Je me suis demandé comment ces mecs pouvaient aimer ce que nous faisons ? Beaucoup de gens, y compris moi-même, font cette erreur de croire que parce qu'un groupe joue un certain style de musique, ils n'apprécient forcément que ce style. J'adore la musique électronique et le black-metal. Alors pourquoi devrais-je être surpris que des gens qui jouent du metal, ou qui aiment le metal, aiment également Porcupine Tree ? Ce n'est pas si étrange. Et j'en suis très heureux, car les fans de metal sont des gens généralement très loyaux. C'est pour cette raison que je pense que notre tournée en première partie de Dream Theater va être très positive.

 

Stéphane AUZILLEAU