HARD'N'HEAVY, n° 63, Octobre 2000:

 

PORCUPINE TREE: Ramifications

Après Spock's Beard, Porcupine Tree va tenter de surfer sur la vague du succès de Dream Theater en ouvrant pour la nouvelle tournée européenne du groupe qui débutera par la France en octobre prochain. Alors que Lightbulb Sun continue de briser des coeurs à droite et à gauche, nous avons profité de l'occasion pour nous apesantir sur la personnalité du très bavard Steven Wilson, l'âme de Porcupine Tree.

 

Un jour, je serai musicien ...

"Je suis d'abord tombé amoureux de la musique quand je devais avoir à peu près 10 ans. J'ai eu la chance d'avoir des parents qui écoutaient sans arrêt des disques et je crois que la première artiste qui m'a vraiment marqué a été Donna Summer. J'étais fasciné par le groove qui s'en dégageait. Puis j'ai très rapidement su que je ne voulais pas me contenter de juste écouter la musique. Je voulais créer quelque chose. J'ai donc commencé à apprendre le piano puis la guitare et à jouer dès l'âge de douze ans dans un groupe avec des camarades de classe. Cela va peut-être sonner prétentieux, mais je me souviens que dès le début j'ai pris les choses très au sérieux. Je ne pensais pas à faire des concerts devant une foule en délire, ni forcément à la gloire. Non, ce que je voulais, c'était faire des disques car il y a un côté glamour à la chose qui m'a toujours fasciné."

 

PORCUPINE TREE

" J'ai réellement commencé à écrire de la musique sous le nom de Porcupine Tree en 1987, en même temps que mon autre groupe, No-Man, a démarré. La chose a en fait débuté comme une blague. J'ai créé de toutes pièces le groupe, lui prêtant une carrière et une discographie imaginaire qui aurait débuté en 1972. J'ai décidé de pousser le bouchon le plus loin possible et j'ai commencé à enregistrer des bandes tout seul dans mon coin sous le nom de Porcupine Tree. Les cassettes ont commencé à circuler et à obtenir de bonnes critiques à droite et à gauche au point que fin 1990, Delerium Records qui venait de se créer a proposé de signer le groupe. J'ai d'abord sorti On the sunday of life ..., qui est en fait une compilation de mes démos, puis Up the downstair, et un maxi, Voyage 34, où j'ai pris un virage musical marqué par le psychédélisme et le space rock. Fin 93, j'ai vraiment ressenti le besoin de prendre la chose un peu plus au sérieux, notamment en donnant des concerts. J'ai donc rassemblé autour de moi des musiciens qui avaient séparément déjà travaillé avec moi sur P.T. qui est devenu un groupe à part entière à partir de 1996 à la sortie de l'album Signify. Cet album fut également le premier à délaisser un peu mes premières influences, dont le progressif, pour un son plus rock. Mais c'est vraiment avec Stupid Dream que nous nous sommes définitivement attablés à écrire de vraies chansons plutôt que de se lancer dans de longues improvisations nébuleuses."

 

LE PRODUCTEUR

"Ce n'est pas quelque chose que j'ai particulièrement choisi. Je suis devenu producteur par nécessité. Quand tu débutes dans la musique, que tu es le seul à croire en ce que tu fais et que tu veux que les choses démarrent, tu es parfois amené à faire tout toi-même ! J'ai donc appris sur le tas à la fois le rôle de promoteur, de graphiste, d'ingénieur du son et même de patron de ma propre maison de disques. J'ai mon propre studio (No Man's Land) depuis plusieurs années, et le bon côté est que j'ai appris à faire un maximum avec un minimum de budget. Mon premier travail en tant que producteur extérieur fut pour un artiste psychédélique, Dean Carter. Mais le premier album vraiment important pour lequel j'ai travaillé en dehors de P.T. fut Sunsets On Empire de Fish en 1997. Mais j'ai été tellement occupé avec mes propres projets que je n'ai pas pu prendre le temps de produire d'autres personnes. Je n'ai pu que faire la moitié du dernier Marillion par exemple. Je me suis promis qu'après la promo et les concerts de Lightbulb sun, je vais prendre six mois pour me consacrer à cette activité. Je viens de finir l'album solo de la fille du jazzman norvégien Jan Garbarek et je pars trois semaines en septembre (l'interview a été effectuée mi-août - ndr) en Suède pour produire le cinquième Opeth ... Mais bon, ce n'est pas non plus quelque chose que j'aimerais passer mon temps à faire car cela peut devenir très rapidement frustrant de travailler sur la musique des autres (rires) !"

 

LE METAL

"J'aime absorber les styles musicaux. Par exemple, j'ai été passionné il y a quelques années par la scène industrielle et dark ambient. J'ai particulièrementécouté Mick Harris (ex-batteur / leader de Napalm Death qui s'est reconverti dans la musique électronique depuis 1992 - ndr). J'ai donc sorti deux disques dans cette veine sous le nom de Bass Communion car je voulais explorer ces territoires ... Dans le cas du métal, je ne l'ai pas avoué à beaucoupde monde mais j'ai eu une période vers treize ou quatorze ans où, avec l'un de mes tout premiers groupes, je faisais des reprises de Saxon et d'Iron Maiden. Mais très rapidement, je me suis détourné de ce style car tous les fansque je connaissais ne prenaient pas la chose au sérieux et s'en servaient avant tout pour se saoûler et scandaliser leurs parents. Je m'y suis remis il y a un an seulement, et j'ai découvert des choses fantastiques comme Nine Inch Nails, Esoteric ou Messhuggah. Lightbulb sun étant déjà écrit, cela n'a pas eu d'incidence. En revanche, nous avons déjà des idées pour le prochain disque et sans tomber la tête l première dans le metal, il sera certainement influencé par ce que j'écoute, beaucoup plus heavy et sombre."

 

TOURNER AVEC DREAM THEATER

"Je suis fier de la capacité de Porcupine Tree à pouvoir ouvrir pour Sonic Youth - comme nous l'avons fait début juillet en Angleterre - et deux mois après faire la première partie de Dream Theater. Je sais que nous ne serons pas assez metal pour certains de leurs fans. Et la frange la plus attirée par le progressif nous trouvera peut-être un peu trop ... simple. Nous préférons privilégier les atmosphères. Et même si Dream Theater a également ce genre d'éléments, ils ont aussi beaucoup de choses très techniques que tu ne peux pas retrouver dans P.T. Mais nous essayons de nous adapter au public devant lequel nous jouons. Pour cette tournée, nous allons donc privilégier la partie la plus rock et progressive de notre musique afin de pouvoir toucher un maximum de monde. Et même si nous ne gagnons que dix fans pendant cette tournée, cela n'aura pas été vain ..."

 

Par Olivier BADIN