Hard'N'Heavy, n°62, août/septembre 2000

 

SOUS LE SOLEIL EXACTEMENT

Quand il n'est pas occupé à produire Marillion ou Fish dans son propre studio de la banlieue de Londres, Steven Wilson continue, avec Porcupine Tree, à prendre un malin plaisir à casser les règles. Comme débuter en tant que groupe psychédélique branché "space rock" et devenir aujourd'hui, avec Lightbulb Sun, un orfèvre de la pop progressive, entre Soundgarden et Pink Floyd.

Avec son look à mi-chemin entre le fils de bonne famille et l'étudiant des Beaux-Arts gentiment déluré, on continue d'adorer retrouver Steven Wilson. Un musicien raffiné, musicalement curieux de tout ce qui peut lui tomber sous la main (il a découvert assez récemment le black-métal et il adore !) qui prend toujours les choses avec recul et cet humour si ... british. La nouvelle de son futur périple européen à l'automne en première partie de Dream Theater est, elle, prise très au sérieux: "J'attends la chose avec pas mal d'impatience car nous allons pouvoir jouer devant un large public. La question ne se pose pas de savoir si Porcupine Tree est adapté pour faire la première partie d'un groupe de métal progressif mais plutôt quel groupe nous correspondrait le mieux, vu que nous ne rentrons dans aucun créneau précis. Nous sommes, au choix, soit trop expérimental, soit trop progressif, soit trop pop, soit trop psychédélique ... Et malgré le fait que, depuis l'album précédent, Stupid Dream, nous nous focalisons plus sur l'écriture de vraies chansons, nous continuons à passer pour des extra-terrestres." C'est le moins qu'on puisse dire à l'écoute d'un disque musicalement digne d'un arc-en-ciel mais gris et sombre dans son propos: "Le nouvel album est tout aussi mélancolique voire plus que Stupid Dream qui se finissait déjà sur un morceau appelé 'Stop Swimming'. C'est dire ... Avant, mes textes étaient assez abstraits car j'avais du mal à percevoir exactement ce que je voulais exprimer. Quand j'ai décidé d'écrire une chanson plus personnelle, ce fut comme si j'avais découvert une source dont j'ignorais l'existence." Steven, en parfait gentleman ne s'emporte jamais. Même, quand avec une pointe de frustration, il avoue son désarroi face à l'incapacité du groupe à toucher le grand public: "Je suis un artiste et je vis pour le public. Or, le plus frustrant avec Porcupine Tree est la difficulté à l'atteindre. Sincèrement quand je fais écouter Lightbulb Sun à des amis qui n'écoutent, par exemple, que R.E.M. ou Oasis, ils aiment ce qu'ils entendent et ne comprennent pas que nous n'ayons pas réellement percé jusqu'à maintenant. C'est contre cela que nous devons essentiellement nous battre: ce mur que sont les médias et qui se dresse entre nous et le public ..."

Par Olivier Badin

 

"LIGHTBULB SUN":

Une nouvelle fois, se pose la question de savoir ce qu'un groupe comme Porcupine Tree fait au milieu de tous ces sales chevelus qui sentent la bière de supermarché. C'est très simple: Porcupine Tree a un talent tellement énorme que cela déborde de partout. Au début projet solo du multi-talentueux Steven Wilson (à ses heures perdues producteur de Marillion et Fish) très space-rock (une guitare Pink Floydienne, trois kilowatts d'effets, une pastille rose et hop, direction l'espace intersidéral !), Porcupine Tree est devenu un groupe à part entière et s'est réorienté vers l'écriture de "vraies" chansons. L'étiquette progressive qui lui a été collée est non seulement erronée mais lui a aussi fait plus de mal que de bien. Car si Porcupine Tree était à ranger dans cette catégorie, ce serait à côté de Rush et surtout du grand Floyd. Wilson est avant tout untrès grand chanteur (ses mélodies vocales avec le batteur Chris Maitland sont le point fort de ce sixième album) et un songwriter exceptionnel, aussi à l'aise dans la ballade mélancolique ("Feel So Low"), que le hit-single rock qui fait mal ("Four Chords That Made A Million") ou le morceau à tiroir (les treize minutes tour à tour ambiant, symphonique et hard de "Russia On Ice"). Le tout étant d'une finesse à pleurer. Ils sont forts ces Anglais ...

Olivier Badin