INTERVIEW DE STEVE WILSON

par Christophe Demagny

 

Samedi 21 octobre 2000. Dix minutes après la fin du concert de Porcupine Tree à L' Hammersmith Apollo de Londres, Steve Wilson est devant nous. Même après un set de 50 minutes incluant " Shesmovedon " et " Hatesong " (c'était le dernier concert de la tournée européenne avec Dream Theater), il est toujours charmant et disponible. Loin du cliché rock'n'roll des musiciens intouchables. C'est donc l'heure des remerciements : d'infinis mercis au manager du groupe Richard Allen, au tour manager (désolé, je ne me souviens pas de son nom !), à Steve Wilson et, bien sûr, à Porcupine Tree pour leur gentillesse et pour avoir rendu cette interview possible !!!

 

Chemical Harvest : Bonjour Steve, pourrais-tu nous parler de tes tout débuts, le début des années 80 ?

Steve Wilson : Et bien, j'ai joué dans différents groupes lorsque j'étais à l'école. Il y a d'abord eu un groupe nommé Paradox, un autre nommé Karma et d'autres encore. Les deux cassettes que nous avons réalisées avec Karma (" The joke's on you " et " The last man to laugh ") sont devenues un peu plus connues car elles contiennent les premières versions de titres que j'ai ensuite enregistrés pour Porcupine Tree comme " Nine cats ", " Burning sky " ou " Small fish ". Elles sont donc devenues comme une sorte de curiosité pour les fans de Porcupine Tree mais je pense qu 'elles ne sont ni différentes, meilleures ou pires que n'importe quelles autres démos d'un gamin de 14 ans.

 

Est-ce à cette époque que tu as joué avec Brian Jelliman et Diz Minnit ?

Non, plus tard, quand j'ai quitté l'école. J'ai rejoint un groupe, Pride of Passion, formé par deux anciens Marillion, Brian et Diz. Brian Jelliman venait de partir et je l'ai donc remplacé en tant que clavier, Diz Minnit étant le bassiste. Je n'ai donc jamais joué avec Brian Jelliman. Ensuite, Diz a quitté le groupe et je l'ai remplacé comme bassiste.

 

Et est-il vrai que tu as suivi Marillion sur le Saliva Tour en 1981 ?

Quand j'étais très jeune, environ 12 ans, j'avais l'habitude d'aller voir des groupes locaux dans ma ville et Marillion a donné son tout premier concert dans un endroit appelé Berkhamsted en mars 1980, j'avais 12 ans. J'étais allé voir un groupe du coin, The Chiltern Volcanoes, et Marillion jouait après eux. Je ne savais pas à l'époque que c'était leur premier concert et je ne l'ai découvert que 2 ou 3 ans plus tard, mais j'ai trouvé cela bien. J'ai aimé et les ai suivis pendant les quatre, cinq années qui ont suivi, la période durant laquelle ils ont signé chez EMI et " Misplaced Childhood " est devenu numéro un. Pendant mon adolescence, Marillion était un de mes groupes favoris. Et quand j'ai rencontré le groupe plus tard et leur ai dit que j'étais à ce concert à Berkhamsted ils me répondirent " Oh, c'était notre tout premier concert ! ". Il n'y avait qu'une dizaine de personnes, je suis donc une sorte de privilégié. Je les ai trouvés très intéressant pendant de nombreuses années et, inévitablement, pour avoir été impliqué dans Marillion en travaillant avec eux, nous sommes devenus de bons amis. Ils ont donc toujours été présents dans ma vie et le sont toujours, j'ai travaillé avec Fish et sur le dernier Marillion.

 

Et penses-tu retravailler avec eux un jour ?

J'en suis sûr. Nous sommes de bons amis donc ….. j'aimerais ! C'est une question de temps.

 

Oui ! A propos de " .com ", c'est difficile pour nous d'évaluer ton travail car nous n'avons pas entendu les premiers mixs de l'album. Mais il semble que beaucoup d'éléments sont les tiens.

Oui, je pense qu'ils vont sortir certains de ces premiers mixs car ils réalisent une sorte de " Making of " (comme le double CD " Making of Brave "). Il y aura les premières versions de titres extraits des quatre albums qui ont suivi " Brave ". Mais tu sais, je n'ai même pas entendu moi-même ces premières versions alors je ne réalise pas vraiment ce que j'ai fait. J'imagine qu'il y a certains changements. Mais ils ont vraiment apprécié et j'étais aussi très heureux de travailler avec eux.

 

Pour revenir à Porcupine Tree, pourrais-tu nous donner quelques renseignements sur les samples utilisés ? Les crées-tu ou viennent-ils de films ou d'autres sources ?

Et bien, cela dépend, un peu des deux. Donne-moi un exemple particulier.

 

" Voyage 34 " ?

Les samples de " Voyage 34 " viennent des années 60, de la naissance de la génération " acide ", la génération " LSD ", 1966, 67, 68. Beaucoup d'albums ont été réalisés à cette période, des albums de propagande. Certains étaient pour le LSD et d'autres contre. Notre manager, Richard Allen, a collectionné ces albums et m'en a prêté certains. Les samples de ce titre-là proviennent donc de ces enregistrements.

 

Et " Last chance to evacuate planet earth before it is recycled " ?

J'ai toujours été fasciné par les cultes religieux, mais d'une manière dégoûtée. Je trouve très dérangeant ce concept de culte religieux, surtout aux Etats-Unis.Une secte en particulier est plus connue que les autres, la secte Heaven's Gate. Ils se sont tous tués au début des années 90 car ils croyaient qu'ils venaient d'une autre planète et que le seul moyen d'y retourner était de se suicider. Le mec qui était le leader de cette secte, une personne appelée Doe, était fou, complètement fou. Il a convaincu tous ces gens qu'il était un grand leader spirituel, qu'il était d'une autre planète. Ils ont laissé la vidéo de leur suicide au reste du monde, ils ont filmé leur suicide, leur dernier message au reste du monde. Et la voix dans " Last chance … " est celle de Doe en personne, ses derniers mots dans cette vidéo sont " last chance to evacuate planet earth before it is recycled ". C'est donc très dérangeant, très fort et il n'y avait rien d'autre à ajouter à cela. Parfois, on entend des choses qui font écrire une chanson ou des paroles, et parfois on entend quelque chose et il n'est pas nécessaire d'élaborer … le fait de juste présenter les mots de cette personne est suffisant. Il n'y a rien d'autre que je pourrais dire ou écrire de plus, plus dérangeant ou fort.

 

C'est certain ! Serais-tu donc intéressé par la réalisation d'un album concept, pas nécessairement un concept typiquement progressif (comme dans les années 70) mais plus " moderne " comme " Brave " ou " Operation: mindcrime " (Queensrÿche) ?

Oui et non. Personnellement, je ne suis pas un grand fan des albums concepts qui racontent une histoire car je pense que le problème est que, parce qu'ils racontent une histoire, la musique devient secondaire. Et Porcupine Tree travaille toujours sur la même base : on enregistre dix, douze chansons et ensuite on les écoute pour décider laquelle fonctionne mieux en début de CD, laquelle fonctionne mieux en fin de CD. L'ordre des titres est dicté par leurs qualités musicales. Et si tu es dans la situation où tu dois raconter une histoire, tu dois avoir tel titre au début, tel autre à la fin, etc … Le déroulement de l'album, les hauts et les bas, sont alors dictés par l'histoire. Je pense que c'est une chose très difficile à réaliser car je me considère plus comme un musicien que comme un auteur. Je préférerais toujours rendre un développement musical autonome et juste. Mais je pense qu'il est possible de faire un album concept de manière allusive, pas nécessairement conduit par une narration. Par exemple, pour moi, " Signify " est un album concept. Toutes les chansons traitent du même sujet. Mais il n'y a pas forcément d'histoire. Il n'y a pas de début et de fin, ce n'est pas comme lire un livre de la première à la dernière page. Pour moi, le dernier album de Nine Inch Nails, " The Fragile ", est ainsi. Il y a plus une impression de complémentarité entre les divers éléments de l'album. Tout semble parfaitement s'emboîter et être une partie d'un même album. Et je pense que Porcupine Tree tendra toujours plus vers cela que vers le côté narratif.

 

A propos du single " The rest will flow ", sa réalisation est-elle définitivement abandonnée ?

Pas nécessairement car, à l'origine, nous étions supposés faire notre propre tournée en ce moment. Nous avons décidé de faire la tournée avec Dream Theater car nous avons pensé que c'était une bonne idée de commencer ainsi, pour jouer devant de nombreuses personnes ne connaissant pas le groupe. La maison de disque a alors décidé d'attendre le printemps, d'attendre notre tournée en tête d'affiche. Les singles, pour nous, sont pour la maison de disque. Nous ne décidons donc uniquement que de leur contenu, les faces B. Nous essayons de rendre cela intéressant pour les fans car les singles ont un aspect marketing. C'est comme un poster, une publicité, c'est la même chose. C'est juste un moyen pour essayer de toucher des gens ne connaissant pas le groupe. Les singles ne présentent donc pas d'intérêt pour les fans à l'exception des titre supplémentaires.

 

Comme " Buying new soul " ?

Oui, ce titre sortira. Je ne sais pas où et quand mais il sortira. Cela dépend vraiment de la maison de disque, s'ils décident d'extraire un autre single de cet album ou s'ils préfèrent attendre le premier single du prochain.

 

Le prochain album justement, pour 2001, 2002 ?

Pour l'année prochaine, j'en doute. Probablement début 2002. Nous avons fait deux albums en 18 mois alors … probablement début 2002.

 

" The Delerium Years " ?

Oui, cela va sortir l'année prochaine. Ce double CD est vraiment un gros projet avec beaucoup de titres inédits, de remixes, … Il y aura un important livret avec l'histoire du groupe, des photos, etc … Nous travaillons sur le texte qui l'accompagnera. Je pense que cela sera très intéressant, une sortie majeure pour l'année prochaine.

 

Et vous allez encore tourner l'année prochaine ?

Oui, de février jusqu'à l'été avec quelques festivals aussi. Je pense que cela se fera de façon discontinue, avec des pauses. Nous n'avons pas encore tournée en tête d'affiche pour promouvoir " Lightbulb Sun ". Cela doit donc être fait … et cela sera fait !

 

Cela s'est-il bien passé avec Dream Theater ?

Oui, très bien. Mais ce soir n'est pas le sommet de la tournée car nous avons commencé à jouer tôt devant un public encore restreint. Mais le reste du concert a été bon, tu sais, nous avons vraiment apprécié. C'était vraiment un bon moyen d'atteindre plus de gens.

 

Pour finir, as-tu un message particulier pour " Chemical Harvest " ?

Oui, Porcupine Tree a toujours construit son noyau de fans par le bouche à oreille. Mon message est donc de continuer à passer le mot car Porcupine Tree est banni des médias. La presse musicale, la télévision, les radios tentent de nous ignorer à cause de notre style de musique. Nous avons de très bonnes relations avec nos fans, il suffit de jeter un œil sur internet et de voir le nombre de sites nous étant consacrés ! C'est très important et précieux à nos yeux et je voudrais donc envoyer de grands remerciements à tous les gens qui ont initié d'autres personnes à notre musique. Le processus continue ! Continuez à faire écouter nos disques. Keep it up !