>>> biographie par Eric Guilbot >>>

PORCUPINE TREE est un mystère. Le groupe est formé de Steven Wilson, qui compose, chante, joue de la guitare, des claviers, enregistre et produit les albums, aidé par Richard Barbieri aux claviers, Colin Edwin à la basse et Chris Maitland à la batterie et aux percussions. Pendant ses premières années d'existence, le groupe n'a été composé que d'un seul membre : Steven Wilson. Le maître à penser n'a été rejoint par les autres membres du groupes que pour assurer les concerts que celui-ci devait jouer. Ce n'est qu'à partir de l'album The Sky Moves Sideways que Porcupine Tree devient un vrai groupe, avec quatre membres permanents.

Ce groupe est donc un mystère. S'il avait existé il y a 25 ans, il aurait facilement rempli les stades du monde entier lors de ses tournées, et aurait vendu des millions d'albums. Or, il se trouve que l'on a du mal à trouver les albums chez les disquaires, et les concerts, à quelques exceptions près, n'attirent que trop peu de monde. Leur musique, même si elle comble les nostalgiques de la scène " Rock-Progressif " des années 1970, est résolument tournée vers l'avenir. Il y a certes des influences de prog' (mais sans les clichés). Mais rarement un groupe aura aussi bien réussi à mêler des influences aussi diverses que Pink Floyd, les Beatles entre autres, tout en apportant des ambiances et des sons psychédéliques et quelquefois techno. C'est cette savante alchimie, ce mélange de textures sonores, alliée à la beauté des compositions, à la puissance et au raffinement de la production qui donne naissance au SON Porcupine Tree.Tout ça sous la houlette du génial Steven Wilson, compositeur inspiré et éclairé, passé maître dans l'art de la production, sachant tirer les moindres nuances de chaque instrument. Et c'est bien là qu'est le coup de génie artistique : Porcupine Tree a su créer et faire évoluer sa musique sans se préoccuper des modes, et en faisant ce que bon nombre de groupes dits Progressifs n'ont jamais su faire : progresser.

Steven Wilson est né le 3 novembre 1967 à Kingston-Upon-Thames en Angleterre. Sa carrière de musicien débute à l'age de 15 ans, où il crée le duo Altamont, accompagné du claviériste Simon Vocking. De cette collaboration sortira une cassette en 1983 : Prayer for the Soul. Cette cassette est produite par le label " Alan Duffy's Acid Tapes ". Steven Wilson participe ensuite au groupe Karma, une formation orientée rock progressif. Deux cassettes témoigneront de cette expérience : The Joke's On You (1983) et The Last Man To Laugh (1985). Steve forme No Man Is An Island en 1987. De plus, il avait accumulé toute une série de chansons et idées musicales composées avec Alan Duffy et pouvant convenir à un groupe psychédélique. Un nom fantaisiste était déjà lancé : Porcupine Tree. Des enregistrements réalisés à la maison faisaient se cotoyer la musique progressive, le psychédélisme et une certaine écriture propre au style "Ambient". Ces enregistrements ont été distribués de façon restreinte en 1989 en cassettes. Elles sont accompagnées d'un livret racontant l'histoire (fictive) du groupe. Sous le pseudonyme Porcupine Tree, Steven sort la cassette Love, Death & Mussolini qui sera remaniée et publiée en 1991 sous le titre The Nostalgia Factory. Malgré l'accueil tiède du magazine spécialisé Freakbeat, Porcupine Tree signera avec le label Delerium.

L'originalité et le son Porcupine Tree apparaissent dès le premier album On The Sunday of Life... , paru sur le label anglais Delerium Records en 1991. Cet album est en fait une compilation de morceaux enregistrés par un Steven Wilson à peine sorti de l'adolescence entre 1984 et 1990, et parus sur deux cassettes devenues aujourd'hui extrêmement rares : Tarquin's Seaweed Farm et The Nostalgia Factory. Même si la musique présentée ici peut quelquefois rappeler Pink Floyd ou Gong, certains classiques comme Radioactive Toy ou The Nostalgia Factory montrent que Steven Wilson impose déjà ses visions et son propre style. On The Sunday of Life... est le point de départ d'une carrière où les références au passé et les visions futuristes, ainsi que les innovations en matière de son, de production et de composition vont s'entrechoquer pour donner naissance au style Porcupine Tree et le faire sans cesse évoluer. Cet album a été remasterisé et réédité en 1997 avec une nouvelle pochette. Il est également à noter que les morceaux oubliés des premières cassettes ont été compilés et publiés sur l'album Yellow Hedgerow Dreamscape , sorti en CD en 1994, et réédité en double album vinyle en 2000.

1992 voit la sortie de Voyage 34, un maxi 45 tours qui raconte en deux phases d'une durée totale de 30 minutes le trip au LSD du jeune Brian. Ce single présente un habile mélange de d' "ambient", de space-rock et de psychédélique. C'est avec ce single que Porcupine Tree se constitue son premier noyau de fans, issus principalement du milieu underground anglais.

En juin 1993, avec la sortie de Up the Downstair , l'album suivant, la presse anglaise commence à s'intéresser à Porcupine Tree. Le magasine Melody Maker va même jusqu'à décrire l'album comme étant " ...un chef-d'œuvre psychédélique...un des albums de l'année ". On retrouve cette alternance de longs morceaux instrumentaux et de chansons plus classiques et délicates. Steven Wilson a fait pour cet album de gros efforts au niveau de la production et de la recherche sonore, et l'album sent moins le bidouillage et l'amateurisme que son prédécesseur. En fin d'année, Voyage 34 est réédité, accompagné d'un deuxième maxi 45 tours comportant des remix des deux premières phases, intitulés Phase 3 et Phase 4.

Dans le même temps, Steven Wilson part sur la route. Il est accompagné de Richard Barbieri (ex Japan), né le 30 novembre 1957 à Londres, aux claviers dont les sons si particuliers vont donner une nouvelle dimension à la musique, de Colin Edwin,né le 02 juillet 1970 à Melbourne en Australie, dont le jeu de basse est d'une virtuosité et d'une puissance rares, et de Chris Maitland, né le 13 mai 1964 à Cambridge aux percussions, dont le style fin et puissant à la fois n'est pas sans rappeler Pierre Moerlen (Gong). Porcupine Tree cesse alors d'être juste un pseudonyme, pour devenir un groupe à part entière, dont le line-up ne changera plus. L'album live Spiral Circus propose cinq titres enregistrés lors des tous premiers concerts du groupe. Sorti en vinyle à 500 exemplaires seulement (1997), il est aujourd'hui quasiment introuvable.

Un nouveau single, Moonloop EP, sort fin 1994. On y trouve la magnifique chanson Stars Die , ainsi que Moonloop , un long instrumental de plus de 18 minutes. La version américaine du single, parue chez C+S Records, inclut en plus la chanson Always Never , dans une version identique à celle figurant sur l'album Up the Downstair. L'accueil du single par la presse spécialisée est encore très bon des deux côtés de l'Atlantique.

L'album suivant, The Sky Moves Sideways sort en 1995. Il s'agit certainement de l'album le plus Floydien et le plus marqué rock progressif de Porcupine Tree, pour preuve le morceau titre dont la construction n'est pas sans rappeler celle de Wish You Were Here. Dès lors, cette étiquette prog' va leur coller aux baskets dans de nombreux pays, dont la France. Elle a néanmoins l'avantage d'élargir le cercle de fans du groupe, le public typiquement prog' se montrant très réceptif à la musique du groupe. L'album se classe dans les charts du NME, de Melody Maker et de Music Week. The Sky Moves Sideways est considéré par certains comme étant le meilleur album de Porcupine Tree, et par d'autres comme étant le moins bon, ou le moins intéressant. A vous de juger !

Le groupe assure la promotion de l'album lors de concerts de plus en plus nombreux, dont certains dans des salles importantes d'Angleterre. Ils font deux tournées aux Pays-Bas et une en Italie, dont deux concerts sold-out au Palladium à Rome devant plus de 1000 personnes, et un concert sold-out au Rodon Club d'Athènes, en Grèce.

L'année 1996 démarre avec la sortie d'un nouveau single, Waiting , dont les faces B sont différentes selon le support, CD ou maxi 45 tours. En fin d'année, l'album Signify est publié. Cet album confirme admirablement ce que laissait entrevoir le single : la musique et les paroles sont plus sombres que sur les albums précédants. Malgré la traditionnelle alternance de chansons et d'instrumentaux, de passages calmes succédant à des tempos rapides, la musique du groupe s'en va encore explorer de nouveaux territoires. La texture sonore des morceaux est radicalement différente. Richard Barbieri, Colin Edwin et Chris Maitland étant désormais davantage impliqués dans l'écriture et les arrangements de l'album, le son de Porcupine Tree devient plus diversifié. Signify est véritablement un album de transition, c'est en effet lui qui pose les jalons des futures œuvres de Porcupine Tree, tout en conservant certaines de ses propres influences. Le meilleur est à venir...

La fin de 1996 et le début de 1997 voient Porcupine Tree se produire en concert aussi bien au Royaume Uni qu'en Europe, et pour la première fois en France. C'est lors de trois concerts à Rome en mars 1997 qu'est enregistré Coma Divine . Cet album live, sorti en octobre 1997, montre à merveille les talents des quatre musiciens et propose un échantillon représentatif des premières années de carrière du groupe. Les morceaux plus anciens sont interprétés d'une manière très différentes des versions originales. On regrettera seulement que Coma Divine ne soit qu'un CD simple, un double aurait été un véritable bonheur pour les fans. Il offre néanmoins un bon point de départ à tout nouveau fan qui souhaite découvrir des chansons plus anciennes du groupe. Mention spéciale pour la production de l'album, qui restitue très bien la limpidité et la puissance de Porcupine Tree sur scène. Une qualité d'enregistrement rarement égalée pour un live !

Metanoia , un double album vinyle sort en décembre 1998. Il s'agit d'une compilation d'improvisations jouées en studio pendant les séances d'enregistrement de Signify. Cet album a été édité à 1000 exemplaires seulement. Inutile de dire que c'est un des collectors les plus recherchés de Porcupine Tree.

Il faudra attendre fin avril 1999 pour écouter l'album suivant : Stupid Dream sorti sur le label Snapper. Mais franchement, ça valait la peine d'attendre, et le résultat dépasse toutes les espérances. La musique du groupe a gagné en maturité, et la principale innovation vient du chant : que de progrès ! L'album est d'ailleurs presque exclusivement composé de chansons. Finies les longues plages instrumentales. Une page est tournée : les influences purement psychédéliques ont complètement disparu, et on a de moins en moins envie de qualifier Porcupine Tree de groupe progressif.

Trois singles accompagnent l'album : Piano Lessons , Stranger by the Minute et Pure Narcotic. Du dramatique Even Less qui ouvre l'album, en passant par Don't Hate Me et A Smart Kid qui sont d'une noirceur et d'une profondeur exceptionnelles, avec Tinto Brass (seul instrumental de l'album) et tout les autres titres, Steven Wilson et sa bande prouvent qu'émotion et puissance peuvent faire bon ménage en proposant un album qui restera un classique du genre, et pas seulement pour les fans de rock-progressif. Stupid Dream est un exemple de diversité car pas une chanson ne ressemble à une autre, tout en restant cohérent dans ses orientations musicales. UN CHEF D'ŒUVRE.

Une tournée en Europe (avec plusieurs dates en France) et aux USA permettra aux fans qui en doutaient encore d'apprécier à sa juste valeur la performance scénique du groupe et la maîtrise instrumentale de ces musiciens hors pair.

Un an après la sortie de Stupid Dream , le nouvel album de Porcupine Tree sort en mai 2000. Une fois de plus, Steven Wilson nous étonne avec ce Lightbulb Sun , qui est dans la continuité du précédant, mais qui va encore et toujours plus loin, plus haut, plus fort. Si des morceaux comme Hatesong ou Russia on Ice ont chacun une partie instrumentale, il n'y a que des chansons sur cet album à la production irréprochable. Les parties acoustiques, plus nombreuses que sur les autres albums, mettent en valeur la finesse des compositions. Les paroles des chansons de l'album ont un thème commun, à l'exception de Four Chords That Made a Million , le premier single, le suivant étant Shesmovedon . Musicalement, chaque musicien apporte sa pierre à l'édifice. Bien que les morceaux paraissent plus simples et plus abordables qu'à l'accoutumée, une véritable recherche a été faite sur les sons de guitare et de claviers notamment, et la section rythmique n'est pas en reste, tant la puissance et l'énergie qu'elle dégage sont impressionnantes. Plusieurs écoutes sont donc nécessaires pour bien connaître l'album, et on découvre à chaque fois un nouveau détail. On ne se lasse pas de Lightbulb Sun. Certains pensaient peut-être qu'il n'était pas possible que Porcupine Tree fasse toujours mieux, et pourtant ils l'ont fait ! ! !