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Par Philippe MARJOLLET

J'ai découvert PORCUPINE TREE sur le tard, avec l'album "Signify"(1996), à la suite d'une critique de l'excellent journaliste et chroniqueur Henry DUMATRAY, dans un magazine spé à tendance métal. Signify est un recueil d'émotions, sans complexité abusive, encore moins élitiste ou intello. C'est de la musique sans frontières, psychédélisme planant, pop complexe ou riffs répétitifs électriques franchement offensifs, disait -il, avec conviction.

La première écoute de cet album me fut fatal, j'étais totalement abasourdi par l'atmosphère qui se dégage de ses compositions. Douce, mélancolique, triste, agressive, schizophrène, planante, les mots me manquent pour qualifier cette musique aux influences divers et éclectiques.

Le titre éponyme avec sa section rythmique imparable et sa guitare corrosive n'est pas très révélateur du contenu de l'album, en effet dès "Sleep of no dreaming", l'atmosphère se veut plus douce, Richard BARBIERI y caresse un hammond et déclenche en vous une sensation bienfaisante, la voix reposante de Steven WILSON s'y noie, avant de prendre une tournure plus dramatique sur le refrain. Steven nous gratifie d'une envolée guitaristique très aérienne et adaptée, comme sur l'ensemble des morceaux de "Signify", comme par exemple sur les deux phases de "Waiting". Une guitare acoustique somptueuse agrémentée d'une basse lancinante et entêtante, un feeling indéniable, la première phase se veut plus pop. La deuxième phase est beaucoup plus progressive et planante, quelques percus tribales sur une ambiance trip hop, avant une dégénérescence du morceau. Chris MAITLAND assène les fûts de sa batterie (très en relief), une guitare gémie, le tout renforcé par les ajouts de synthés psychédéliques, pour une atmosphère encore plus aérienne. La claque ! Steven torture sa guitare consentante, et lui provoque... l'orgasme...

"Intermediate Jésus" repose sur une base très jazzy, Steven nous laisse nous fourvoyer dans un univers étrange, inquiétant. La basse de Colin EDWIN y est particulièrement envoûtante. Une guitare agonise, un piano virevolte, le psychédélisme est prépondérant, magique ! "Sever" est un titre très tourmenté, un riff de guitare soutenu, des crissements, des samples, un rythme sobre, une voix presque saccadée mais toujours mélodique, un clavier symphonique et atmosphérique, angoissant ! L'état d'urgence est décrété sur "Idiot Prayer", ce titre pourrait bien illustrer une B.O. d'un des meilleurs thriller.

La beauté atteint son paroxysme sur "Every home is wired", une chanson incroyablement belle qui pourrait bien tirer des larmes aux personnes les plus sensibles. Une guitare acoustique vagabonde dans une atmosphère très spatiale. Écoutez les claviers du maître BARBIERI s'immiscer au coeur de la mélodie, vous êtes littéralement projeté dans l'espace. Onirique !

En toute subjectivité, "Dark matter" est pour moi le titre le plus beau de cet album, d'abord pour la mélodie sublime, l'osmose parfaite des voix de Steven et Chris, et puis surtout la phase finale avec un solo de guitare très Gilmourien. Une chanson tout simplement géniale.

Pour conclure, je dirais que cet album est loin des productions insipides et prosaïques dont la presse fait l'éloge dans les magazines ou dans les médias. Ce "Signify" est un monument inclassable et intemporel, PORCUPINE TREE est ce qui pouvait nous arriver de mieux.
Je remercie les quatre protagonistes, qui font que ma vie s'illumine de plaisir dès que ma platine respire au son de leurs musiques : Steven , Colin , Chris , Richard.
Merci également à : Éric GUILBOT (métanoia) , Christophe DEMAGNY (Chemical harvest) , Henry DUMATRAY et tous les fans de l'arbre à porc-épic.
Longue vie à tous ....

Philippe MARJOLLET

 

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