>>> Chronique >>> No-Man - "Schoolyard Ghosts" (2008) >>>



Par Christophe Demagny

No-Man est le plus ancien des projets actuels de Steven Wilson. Avant même Porcupine Tree ! Ce duo où notre génie moderne joue le rôle du multi-instrumentiste inspiré a donc connu de nombreuses mutations stylistiques. A l'écoute des premières oeuvres arty/new-waveuses, heureusement.

Depuis la fin des années 90, le projet est plutôt orienté vers une pop romantique contemplative, ambitieuse, ambient et éthérée qui n'en oublie pas les développements délicats, les mélodies fortes et les richesses instrumentales et sonores. Cette nouvelle livraison ne faillit pas à la règle et s'inscrit complètement dans le sillon tracé par le génial " Returning Jesus " (à mon sens un des plus beaux albums conçu par Wilson) et le presque aussi prenant " Together We're Stranger ".

De nombreux invités viennent colorer le tableau : Theo Travis, comme souvent, et sa flûte délicate, Gavin Harrison, batteur de qui vous savez, etc… Le panel est ainsi sûrement encore plus riche qu'à l'accoutumée, le violoncelle sur " Beautiful Songs You Should Know ", le sidérant " Pigeon Drummer " et sa section indu-acoustique durant laquelle Portishead s'imagine en Trent Reznor, les magnifiques arrangements de cordes sur l'épique " Truenorth " (13 minutes d'un long et calme développement progressif jamais rébarbatif et toujours sensible), pièce centrale de l'œuvre.

Le morceau d'ouverture " All Sweet Things " est particulièrement représentatif. Sur une base et une structure très " habituelles " (pour No-Man), le titre devient progressivement extrêmement réussi grâce, entre autres, à un pertinent thème de piano grandissant se concluant en une parcimonieuse mutation électronique contemporaine. Si on y ajoute les deux bouleversants et entêtants chefs d'oeuvre miniatures que sont les essentiels " Wherever There Is A Light " et " Song Of The Surf ", vous pouvez commencer à mieux cerner les qualités multiples de ce nouveau tsunami atmosphérique.

" Schoolyard Ghosts " n'évite cependant peut-être pas complètement l'écueil d'une certaine linéarité déjà repérée sur " Together We're Stranger ". Le voix de Tim Bowness, chaleureuse et enveloppante, erratique et fantômatique, y participe aussi. Le souffle, le voile et le côté parfois un peu emprunté (voire surjoué) de son pourtant splendide organe (vocal…) en sont aussi un peu responsables. Mais je titille car sans ces très légères remarques, ce cru 2008 aurait sérieusement tutoyé le 5/5. Car à mi-chemin des deux dernières productions du " groupe ", ces splendides compositions, variées sans en avoir l'air, insidieusement pénétrantes, nous sont déjà absolument indispensables.

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