>>> Chronique >>> Porcupine Tree - "Fear Of A Blank Planet" (2007) >>>


Par Cédric Perrin

Je ne suis pas un grand fan de Deadwing. Alors oui, c'est vrai, j'ai connu PT au moment de la sortie de Signify (merci RockStyle), tant en disque qu'en concert d'ailleurs, oui c'est vrai, je suis de ceux qui se mettent à genoux devant Stupid/Lightbulb/Recordings et c'est vrai, j'avoue avoir vraiment fait la grimace au moment du départ de Chris Maitland. Mais bon, comme je ne suis pas non plus du genre à vivre avec la nostalgie comme leitmotiv, j'ai toujours attendu les nouveaux albums de ce qui reste quand même mon groupe préféré avec beaucoup, beaucoup d'impatience.

Bref, après un In Absentia quand même réussit et un Deadwing où malgré tout je n'arrive pas du tout à trouver de la mélodie (c'est un concept subjectif, la mélodie...) et que je n'écoute plus, voici donc Fear, premier album du nouveau record deal du Wilson band (tous ces mots en anglais, c'est tellement classe...)

L'album commence donc avec le morceau titre, Fear of a Blank Planet, qui sonne, c'est vrai, pas mal comme les dernières compositions du groupe. Depuis Blakest Eyes, Porcupine peine un peu à trouver des débuts explosifs mais ce n'est pas grave, le titre tire quand même son épingle du jeu surtout grace à des nappes de synthé vraiment bienvenues au moment du refrain et qui imposent, l'air de rien, une identité musicale qui ne quittera pas le disque jusqu'à la fin. Même dans les moments "énervés", il y a donc comme quelque chose d'à la fois épique et triste qui domine. J'aime les nappes de synthé, ça me rappelle les années 80, quand j'étais jeune et que j'avais des cheveux. Mais ça n'a rien à voir. La partie solo du morceau me fait penser à la période IA. je l'aurais préférée plus simple, plus "Gilmour" mais je crois que c'est plus la peine de rêver. Et honnêtement, ce premier morceau marche plutôt bien (et c'est pour moi le plus faible du disque).

Avec "My Ashes", bonne nouvelle, PT se décide enfin à reconvoquer les cordes. Bon dieu que ça fait du bien ! En voilà un titre magnifiquement mélodique. Merde alors, ce n'est pas parce que Blackfield existe que PT doit forcément jouer les gros machos. Là encore, les arrangements font merveilles (le synthé encore). C'est lyrique, classe, j'adore !

Tout le monde a parlé ici de "Anesthetize" et je dois bien reconnaitre que le morceau en vaut la peine. 18 minutes de furie et de grace mélangées. Triste et rageur, le titre se divise en 3 parties (quasi) distinctes; la première renvoit, dans sa structure, à... Genesis ! Musicalement parlant, c'est flagrant, et cette impression est confirmée par le jeu ultra phil collinsien (tant dans le rythme que le son) de Harrison. cette partie propose même d'entendre à nouveau une guitare simple et aérienne, comme la (ma) grande époque "pop" du groupe. La fin de cette partie, qui lorgne cette fois vers Tony Banks, propose un joli triptyque entre percu, synthé et guitare ryhmique. La seconde partie du morceau est la plus métal. Mais contrairement à ce qu'on pouvait entendre dans Deadwing (je persiste et je signe), ces moments hard sont bien plus courts, mieux dosés et surtout mieux intégrés dans l'ensemble. Ce ventre musical est le plus méchant de l'album et pourtant il passe plus que bien, surtout par un refrain super accrocheur qui renvoit directement au sublime "Halo" (oui je sais, c'est paradoxal, mais bon). Ca fout une pêche d'enfer et c'est super puissant. Le morceau se termine enfin avec une troisième partie beaucoup plus lente, hypnotique, qui fait du "Arriving" mais en beaucoup mieux. ce qui fait finalement que "Anesthetize" est une réussite, c'est que le groupe n'en fait jamais trop tout en prenant le temps d'installer des ambiances.

On se calme et on boit frais avec "Sentimental" et le piano de Wilson (et oui) sur une rythmique précise en décallé d'un Gavin Harrison de plus en plus performant derrière ses fûts. Un morceau mélodique et léger, progressif sans en avoir l'air. Triste et positif, encore une fois. Superbe.

Ambiance lourde et mélancolique, toujours, "Way out of here", qui malgré son coeur un peu métal, n'est jamais lourd. Un morceau là encore en forme de montagne russe, avec des changements de rythmes surprises et une partie solo certes trop courte mais qui renvoie cette fois (en ce forçant un peu, certes), au final de "Shesmoveon". Sans doute le morecau le plus surprenant de l'album. Celui où Wilson chante à mon avis le mieux, aussi. Un régal. Et encore une fois, derrière, tapis dans l'ombre, les nappes de synthé...

Arrive enfin "Sleep Together" où PT, tout en gardant son style, se met à cotoyer Depeche Mode et Massive Attack. Parfait mélange de dark electro et de trip hop métallique servit par des cordes magnifiques, "Sleep" est l'un des finals les plus grandioses que le groupe nous ait offert depuis longtemps. Allez, depuis "Dark matter", pour convoquer à nouveau les souvenirs. Une maestria d'ambiance, de son et de note qui vous achève et vous met à genoux.

FOABP est un album énorme. Celui du carrefour réussit entre le "vieux" PT et celui d'aujourd'hui. Celui qui met tout le monde d'accord. Mais il ne faut pas y voir un compromis musicale, juste une fusion parfaite des genres.

 

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