>>> Interview >>> Steven Wilson - Lyon, 26 novembre 2009 >>>

C'est par un bâillement que nous accueille l'emblématique chanteur, compositeur, guitariste et producteur du groupe. La tournée bat son plein et la fatigue se lit sur le visage d'un Steven Wilson tout de noir vêtu, baskets au pied. Un petit " Sorry " le temps de s'installer sur le canapé de la petite loge orange du Transbordeur et c'est parti pour 25 minutes d'entretien, à une heure de l'ouverture des portes au public.

Chemical Harvest : Bonjour Steven, alors, comment se passe la tournée "The Incident" ?

Steven Wilson : Je pense que c'est une de nos tournées les plus fortes. Peut-être la plus forte. Et ce n'est pas forcément évident de proposer aux gens d'écouter une heure entière de musique, ce que nous faisons pendant la première partie du show. Difficile de se concentrer là-dessus, mais c'est ce qui se passe et ils semblent apprécier. C'est sympa.

C'était pareil avec Fear Of A Blank Planet que vous aviez joué en intégralité, à la différence que c'était cette fois-ci avant sa sortie…

Oui, avant même l'enregistrement. Donc ce n'est pas nouveau pour nous de proposer une première partie de show basée entièrement sur notre nouvel album. C'est tout de même quelque chose d'un peu effrayant quand vous le jouez les premières fois, mais c'est généralement quelque chose de très apprécié et qui se passe bien.

Peux-tu maintenant expliquer le concept derrière "The Incident" et la façon dont l'album a été construit ?

J'ai d'abord écrit la musique. En essayant d'en faire une histoire musicale, avant même que les paroles ne viennent illustrer le concept. En réalité, j'avais même terminé la composition des chansons, avant de savoir de quoi allaient parler les textes.

Ensuite, j'ai commencé à écrire des choses diverses, à la fois autobiographiques mais également très abstraites. Les premières choses concrètes que j'ai couchées sur papier s'inspiraient de ce que je voyais dans les medias. A propos de faits divers, d'addictions, de cultes religieux, diverses choses qui suscitaient ma curiosité et de voir comment les medias filtraient ces informations avant de les donner au public. C'est devenu comme une obsession et j'ai commencé à écrire des choses sur ça.

Et naturellement, ça m'a ramené vers des choses plus autobiographiques. Le centre de cette longue pièce de musique de 55 minutes, "Time Flies", est une sorte de chanson réellement sentimentale à propos de mon enfance, la façon dont j'ai grandi. Je n'aurais pas pu faire plus personnel, plus autobiographique. C'est totalement centré autour de moi. Donc le concept tend vers deux extrémités, à la fois ces choses abstraites et d'autres très personnelles.

De toute manière, il faut bien reconnaître que tout songwriter, peu importe la façon dont il écrit, écrit toujours à propos de lui, d'une certaine façon. Même quand vous écrivez sur des informations tirées des news, vous confrontez toujours ces choses à votre propre vécu, à vos propres émotions. C'est aussi une façon de mieux faire passer un message, en le rattachant à une certaine réalité.

C'est comme quand j'écris sur une guerre nucléaire. Fort heureusement, je n'en ai pas vécu, mais même si tel est le cas, j'essaie de rattacher ça à ma perception, mon expérience, pour rendre l'histoire crédible, pour qu'on puisse croire au personnage. Comme pour "A Smart Kid", qui traite du dernier enfant survivant après une guerre nucléaire, et que j'avais écrite en me basant sur mes propres émotions. C'est à la fois un mélange de faits et de fiction. De mes émotions et de mon imagination.

Dans ce sens, le concept de "The Incident" est assez diffus. Les paroles ne possèdent pas réellement un angle aussi marqué que sur "Fear Of A Blank Planet", qui jouissait d'un très fort concept en termes de paroles. Et sur ce précédent disque, la musique pouvait venir après le concept. Ici, c'est l'inverse, la musique est vraiment la base et les paroles viennent ensuite.

Du fait de sa longueur, considères-tu cette pièce comme la plus ambitieuse que tu aies jamais composée ? (Il réfléchit et souffle)

Je ne pense pas… Je ne crois pas que ma musique soit vraiment complexe. Elle est très simple. En fait, elle est complexe en termes de production, dans la façon dont la musique est structurée… Mais je ne sais pas écrire complexe ou compliqué.

Je pensais plus aux différents changements de rythmes, d'ambiances, plus marqués encore que d'habitude…

Oui, dans la continuité, sur l'ensemble, cet album est plus difficile à reproduire sur scène que tous nos précédents. Par exemple, sur scène, je suis obligé de changer d'instrument 5 fois dans les premières 10 minutes : différentes guitares pour différents accordages, piano, guitare acoustique, guitare barytone. Donc oui, il y a beaucoup de choses à se rappeler, ce qui rend cet album en effet assez complexe.

Si on se tourne vers la carrière du groupe, on se rend compte qu'au fil des tournées, Porcupine Tree remplit des salles de plus en plus grandes. Le succès semble augmenter malgré l'absence quasi-totale de diffusion dans les medias de masse ou de promotion à grande échelle… Comment l'expliques-tu ?

Je crois qu'on fonctionne un peu à la manière ancienne. On joue dans une ville une année, devant deux cents personnes. Si on fait un bon concert, les gens repartent en se disant qu'ils ont passé un bon moment. La fois d'après, quand tu reviens dans cette ville, les deux cents personnes sont à nouveau là, et elles ont ramené des amis à qui elles ont dit : "Il faut que vous voyiez ce groupe". Et vous vous retrouvez à jouer devant 800 personnes. Le phénomène se reproduit et la fois suivant, ils sont 3 000.

J'ai l'impression que ça a marché comme ça pour nous. Et que le processus s'est accéléré ces dernières années. Il n'y a pas si longtemps, il nous arrivait encore de jouer devant 150 personnes. Quand Gavin est arrivé en 2002 ou 2003, c'était encore le cas dans certaines villes. Mais on a toujours essayé de donner le maximum, d'offrir une performance complète, avec la projection de films en fond de scène, avec un son toujours travaillé, et de tout faire pour que les gens aient le sentiment de passer une bonne soirée.

Je pense que ça va de pair avec le fait que nous continuions à sortir de bons albums, sans jamais nous compromettre par notre musique. Et j'ajoute qu'Internet, avec l'échange de fichiers, a dû contribuer à notre renommée. La route vers le succès a été longue, mais graduelle. Sans qu'on puisse déceler dans la carrière du groupe un moment décisif. Ca a été comme ça (Ndlr, il oriente sa main à 45° vers le haut). Il n'y a jamais eu de sursaut, pas de singles ou de vidéos diffusées en boucle sur MTV…

Vous avez donc appris la patience…

On a été très patients. Quand tu fais ce style de musique, tu dois de toute manière être très patient…

Tu parlais d'Internet… de l'échange de fichiers. Je sais que c'est comme un souci pour toi, que tu as un point de vue spécial sur l'échange de fichiers…

Non, je n'ai pas de problème avec l'échange de fichiers. C'est généralement une bonne chose. Je pense que quand tu écris de la musique, c'est pour la partager avec le plus de monde possible. Tu ne fais pas de la musique juste pour faire de l'argent. Sinon, c'est que tu n'es pas un musicien, tu es autre chose… un businessman. C'est naturel, si tu crois en quelque chose, de vouloir le faire partager. L'échange de fichiers est un bon moyen pour une musique non commerciale d'atteindre les gens.

Le problème que j'ai - et c'est quelque chose que j'aborde dans mon album solo - c'est à propos de la qualité d'écoute de la musique, qui a diminué ces dernières années. A cause de plusieurs facteurs. En premier, le format MP3 et sa compression. C'est une bonne façon d'écouter de la musique pour la première fois. Pour décider si tu aimes, si tu accroches. Mais après, tu iras vers l'album, en vinyl, CD ou mix 5.1. Le souci, c'est qu'il y a de plus en plus de gens qui ne jurent que par le MP3, alors que ça sonne comme de la merde. Si tu compares un MP3 avec un morceau mixé comme il faut, non compressé et sur un bon système audio, il n'y a pas de comparaison possible !

C'est juste dommage qu'une nouvelle génération se figure que le MP3, c'est la façon dont la musique doit sonner, être écoutée. Par le biais d'écouteurs. Avec un son horriblement compressé. Trop distordu. Perdant toute clarté, toute dynamique. Et sans toute la beauté du son, sacrifiée pour des raisons d'espaces, pour rentrer dans un tout petit fichier destiné à ton Ipod. C'était le premier point. Ensuite, le divorce entre la musique et son support physique. Quand j'ai grandi, la musique c'était un objet. Avec sa pochette, ses textes à l'intérieur, etc. C'était une pièce d'art. C'était ce que tu tenais entre tes mains.

Le CD, en réduisant la taille des pochettes et des livrets a déjà entamé ta conception des choses.

Oui, avec le CD, c'était déjà la réduction de cette idée. Une perte de qualité dans le produit. Mais le MP3, c'est la totale négation de cette vision. La musique comme un art, présentée comme un art. Maintenant, c'est de la musique comme un art, présentée comme un software. Mais la musique n'est pas un software. La musique n'est pas un contenu. La musique, la bonne musique, c'est de l'art.

Et le troisième problème, c'est cette idée de " playlist ". Avec la lecture aléatoire sur les Ipods. Alors que si tu fais des disques comme je les fais, conçus comme une sorte de voyage avec un début et une fin, comment peux-tu penser que les gens vont l'apprécier s'ils zappent tout le temps ? Aujourd'hui, près de 90 % de la musique est écoutée sur Ipod dans le monde… Il n'y a plus qu'une infime partie des gens qui écoutent de la musique sur CD ou vinyl.

Mais je pense que c'est lié à la nature humaine. Nous cherchons toujours à faire primer le côté pratique sur la qualité d'écoute. Si tu sors quelque chose de pratique, ça parle plus aux gens qu'un produit de haute qualité mais pas pratique. Avec les Ipods, tu peux écouter ta musique dans le bus, le train, en faisant ton jogging, etc. C'est là toute la différence. Et puis certaines personnes trouvent fascinant le fait de disposer de toute leur collection de chansons dans un si petit objet… Peut-être que ça changera. Je pense que c'est en train de changer, avec même un retour vers le vynil. C'est encourageant.

Et à propos des bootlegs de Porcupine Tree qui s'échangent sur internet, quelle est ta vision des choses ?

Même dans le groupe, on n'arrive pas à se mettre d'accord. Personnellement, ça m'est égal. J'ai toujours dit : "Viens au concert, enregistre si tu penses vraiment que tu dois le faire. Mais je ne veux pas te voir le faire".

Je ne veux pas voir un gars au premier rang le bras tendu en train d'enregistrer le show. Et c'est arrivé ! Si je revois ce genre de choses, je ferai sortir le gars. Parce que c'est très impoli. Je suis en train de chanter pour toute une salle, et il y a un type, là-devant, avec un Ipod au bout de son bras tendu, casque sur les oreilles… Je ne veux pas voir ça. Mais si tu fais ça discrètement… Je pense toute de même que les gens qui font ça sont ceux qui ont déjà toute notre discographie. Mais je ne veux pas les voir en train de faire ça. Je ne veux pas que ces enregistrements soient vendus ensuite.

Tu es au courant qu'un fan allemand a reçu dernièrement un email émanant de richardbarbieri.net où il se faisait traiter "d'ennemi du groupe". Son tort : avoir recensé sur son site tous les bootlegs de Porcupine Tree…

Oui, je suis au courant. Enfin, pas pour les termes employés. Mais je dois dire que quelqu'un qui met en ligne un site comme celui-ci cherche des problèmes. Ce que je sais, c'est que son site était fait de manière très professionnelle, avec la liste de tous les bootlegs…

Mais il n'y avait aucun lien pour télécharger ni aucune explication sur comment les trouver !

Ah ? C'était juste une liste ? Oh, je ne savais pas ça. En fait, ça ne me dérange pas tant que ça. Ca a dû surtout embêter Richard (Ndlr, Barbieri, le clavier du groupe). Tu vois, on n'est pas tous d'accord sur ce sujet. En fait, le plus embêtant dans tout ça, ce sont surtout les gens qui s'arrogent le droit d'enregistrer nos concerts. Mais tu n'as pas le droit de le faire. Quand tu achètes ton ticket de concert, tu n'achètes pas le droit d'enregistrer. Je sais que certains le font et bon, je suis ok. Mais il ne faut pas qu'ils viennent faire ça en face de moi du style, "Regarde, j'enregistre".

Que penses-tu de groupes comme Dead Can Dance ou Depeche Mode, qui sur leurs récentes tournées, ont enregistré tous les concerts afin de les vendre sur internet en fichiers audio de bonne qualité ?

Je suis trop un "monstre de contrôle". Trop perfectionniste sur la façon d'enregistrer. Je veux que tout soit mixé proprement. Je sais que des groupes font ça, comme Pearl Jam et d'autres, mais je n'aimerais pas qu'on discute de notre prestation telle qu'elle aurait dû être ou autre…

Je préfère un produit entièrement contrôlé et dont je suis certain de la qualité. Et je n'aimerais pas donner tant de valeur à tous nos concerts en leur accordant une sortie officielle. Nous préférons désormais, durant chaque tournée, enregistrer 2 ou 3 concerts, avec une prise de son digne de ce nom, proprement mixés, approuvés et légitimés. Ce que nous avons fait pour la tournée "Fear Of A Blank Planet" avec "Ilosaarirock", ou avec le DVD live qui sortira au printemps et qui est proprement filmé, mixé, et complètement approuvé par le groupe.

Je pense d'ailleurs que pour la plupart des gens, ce genre de sorties est suffisant. Mais pour les "super fans", c'est différent, ils veulent plus, d'autres concerts et c'est là qu'apparaît l'échange de fichiers, ce qui est bien. Mais je le répète, il ne faut pas venir me voir en croyant avoir le droit de le faire. Mais en même temps, ça m'est égal si certains le font.

La réédition de "Recordings" est depuis longtemps évoquée. Peux-tu nous confirmer officiellement que ce sera le cas, et quand ?

En effet, "Recordings" va être réédité. La date n'est pas encore sûre. Ca pourrait être en février mais ça va être trop proche de la sortie du DVD donc on va sûrement le sortir un peu plus tard dans l'année. Peut-être en septembre.

Remastérisé et avec un mix 5.1 ?

Nous y avons réfléchi. Mais comme la plupart de ces chansons sont déjà sorties en 5.1 sur les rééditions en DVD-Audio de "Stupid Dream" et "Lightbulb Sun", je pense que ce sera exactement le même son que sur l'édition originale, sans retouche aucune. Peut-être avec un packaging différent, mais avec la même pochette et la même musique.

Une grande partie des sessions d'enregistrement des albums "In Absentia" et "Deadwing" ont été fimées. Feront-elles un jour l'objet d'un éventuel documentaire ? (Il hésite)

Hmm, rien de prévu pour le moment. C'est vrai qu'il y a beaucoup de matériel filmé, même pour le dernier album, mais cela nous est juste réservé, ou utilisé dans de petits clips promo ou du genre. Donc rien de bien planifié, mais on ne sait jamais, peut-être un jour…

Et qu'en est-il du projet de film autour de " Deadwing " ?

Pas de progrès à ce jour. Nous avons déjà montré le script à quelques personnes, des producteurs, des agents un peu partout. Et les retours sont plutôt positifs. Mais il y a un pas énorme entre dire : "Oui, j'ai lu le script et je l'aime beaucoup" et "Oui, j'aime beaucoup et je suis prêt à investir 5 millions de dollars pour le faire".

Alors c'est encore là, en attendant. On verra bien. Mais je me suis rendu compte avec mon projet de documentaire autour de mon album solo, "Insurgentes", que la seule idée de film capable d'aboutir facilement était celle d'un documentaire ou d'un film basé sur moi. Parce que tout film sur un autre sujet implique des acteurs, une équipe de tournage, des endroits pour filmer, etc. C'est très cher.

Donc on a décidé de filmer tout ce qui s'est passé autour de l'enregistrement d' Insurgentes, en prenant du plaisir, tout en réalisant un vrai film, qui a été montré dans plusieurs festivals de cinéma et j'espère qu'il va créer un peu de buzz et nous donner le profil nécessaire pour pouvoir un jour réaliser notre propre film.

Je terminerai par une question… un peu différente. Jouerez-vous un jour sur scène des chansons comme " Jupiter Island " ou " Linton Samuel Dawson " ?

Oh non… Mais tu sais, il y a quelques années, nous avons joué "Linton Samuel Dawson" en concert quelquefois, vers 96 ou 97.Mais le groupe a tellement évolué depuis ses débuts… Le premier album contenait peut-être dix directions que nous aurions pu prendre. Il aurait pu mener à autant de groupes différents. Plus psychédélique ou dans le genre…

En fait, nous avons choisi de suivre la voie "Radioactive Toy". Et les autres directions ont été laissées de côté. Et puis les gens qui viennent nous voir aujourd'hui ne connaissent pas ces chansons. Ou très peu. Quand on joue "The Sky Moves Sideways" ou "Voyage 34", il n'y a que 3 ou 4 personnes dans la salle qui les ont déjà entendues. Je m'en suis rendu compte quand il y a quelques années, nous avons joué "Burning Sky". Je me suis dit, "Chouette, quand je vais l'annoncer, ils vont hurler comme des fous". Et il y avait juste deux gars dans la salle comme ça (Ndlr, il mime un applaudissement tout contenu…). Et tout le monde se regardait en disant : "Quelle chanson ? C'est quoi ?" Et tu dois comprendre, en tant qu'ancien fan, et je vois que tu en es un, que la plupart des gens ne le sont pas et connaissent le groupe seulement depuis nos 2 ou 3 derniers albums.

Alors c'est sûr qu'on pourrait faire un concert entier avec "Radioactive Toy", "The Sky Moves Sideways", "It Will Rain For a MillionYears", "Burning Sky", mais la grande majorité du public repartirait déçue. Donc occasionnellement, nous incluons une de ces vieilles chansons dans nos concerts.

La fois dernière, nous avons joué "Stars Die" et ça s'est super bien passé. Mais en général, le groupe n'a plus grand-chose à voir avec celui de "On The Sunday Of Life". En fait, ce n'était même pas un groupe. C'était juste moi au fond de ma chambre-studio, et pour être honnête, des chansons comme "Linton Samuel Dawson", ce n'était pas vraiment moi. Je jouais un rôle. J'essayais de pasticher la musique psychédélique de la fin des années soixante et des années soixante-dix. Ce n'est pas moi, ce n'était pas moi, ce n'est pas Porcupine Tree. C'est juste une anomalie dans notre répertoire. Donc je pense que la réponse à ta question est non.

 

Propos recueillis par Janet Molins. Photo Céline Obry.