>>> Chronique >>> Bass Communion II - (1999 / Vinyl - 2007) >>>



Par Julien Bertoletti "RadioactivEyelids"


Face A:

Advert : Après une brève introduction faite de sons électroniques, le traditionnel craquement du vinyle (voulu bien évidemment) vient alors se poser comme base pour le morceau suivant.

16 Second Farm : On ne lasse pas d'entendre ce bruit si caractéristique, en effet, les amoureux du vinyle comme beaucoup d'entre nous, y compris sieur Wilson, aiment entendre ce léger "défaut" qui fait tout le charme d'un disque et qui nous rappelle que la musique vieillit avec le temps comme tout un chacun (Passage de pseudo-philosophie terminé). Les nappe électroniques (sûrement jouées au melotron, mais avec SW on ne sait jamais) viennent compléter le début du morceaux et effacent le craquement sans que l'on puisse s'en rendre compte. Cela dure plus de 5 minutes ainsi jusqu'à ce que, vers la 6ème minute, une montée vers les aigus nous submerge, créant une émotion très particulière (caractéristique de beaucoup de morceaux des premiers Bass Communion et qui font toute leur beauté et leur originalité) s'en suivent plusieurs changements qui achèveront le morceau en apothéose.

Gramatical Oil : Ce coup-ci, l'intro du morceau, un peu plus rythmé qu'à l'accoutumée, nous laisse penser que l'on va avoir le droit à de l'electro sauce Wilson, mais: "No it's not an electronic project, it's more a "work on the sound", but yes, certain songs of firsts Bass Communion are more rhytme as others, it's real", no comment. La nappe de son synthétique qui s'ensuit est pour le moins inquiétante (au sens cinématographique du terme bien sur). Puis un autre sample, lui aussi donnant un certain tempo au morceau, va plus ou moins éclipser cette nappe sonore, qui va néanmoins revenir sous différentes formes plusieurs fois (retravaillé dans un autre sens). On peut se dire que SW s'est servi de plusieurs samples pour le morceau mais il a admis lui-même ne travailler que sur un enregistrement, une seule partie d'un son qui dure parfois ne serait-ce que quelques secondes pour créer une pièce de Bass Communion tel que ce Gramatical Oil qui dépasse les 10 minutes.

Face B :

Druged III : Nous y sommes, la pièce maitresse de l'album. Le fameux sample de Robert Fripp qui à déjà été travaillé 2 fois sur le premier Bass Communion, et qui nous montre que SW peut toujours nous étonner étant donné que le morceau ici présent prend à lui seul une face du vinyle. On reconnait clairement qu'il s'agit d'un son de guitare mais ce qui est le plus surprenant, ce sont les nappes qui viennent se greffer sur ce solo, elles vous rappelleront sûrement une chanson d'un autre groupe mais je n'en dis pas plus. Nous avons donc cette fois-ci deux nappes : celle de Fripp et celle de Wilson qui vont alors magnifiquement se compléter tout au long du morceau. Puis, vers la 5ème minute, un 3ème sample de guitare électrique vient se greffer. Il sert également de base pour la "chanson" pré-citée... (pas dur à trouver ceci dit). Tout au long du morceau, d'autres sons aussi évocateurs vont venir compléter et même finir par masquer le sample de Fripp pour ne laisser place qu'à ce fameux son de guitare électrique retravaillé encore une fois sous différentes formes (on sent qu'il s'agit bien du même son, même si j'avoue ne pas en être totalement sûr). Arrivé vers la 13ème minute, tout s'est effacé et une nouvelle nappe (sonore) vient alors se poser. Elle sera elle aussi accompagnée de divers sons étranges provenant d'un des deux samples de guitare...

Face C :

Dwraf Artillery : Pour cette deuxième galette, on commence par une intro plutôt rythmée. Un rythme principal en contre-temps puis un son de basse et plusieurs samples très courts qui viennent compléter ainsi cette rythmique. Vers la première minute, un son similaire à un passage d'avion en basse altitude est vite remplacé par un son très "atmosphérique". Pendant ce temps, d'autres samples sont venus compléter la rythmique de plus en plus complexe et saccadée sans même que l'on s'en soit rendu compte... Cette enchaînement de rythmes différents continue, mais le son atmosphérique change de tonalité. On reconnaît le son d'une corde arrangée et modifiée grâce à la reverb ; à l'oreille, cela nous semble venir d'une guitare au corps très profond ayant une résonance parfaite dont on pince la corde minutieusement pour en entendre toute la pureté sonore. L'effet est parfaitement réussi. Le morceaux continue ainsi tout en ajoutant quelque samples tels que des maracas par là, une sorte de claquement de clavier par ici, un son soudain avec un léger écho qui se synchronise pourtant parfaitement avec la rythmique, et j'en passe… En conclusion, un très bon morceau d'une richesse moyenne cependant, concernant l'harmonie, mais un travail sur le rythme et ses contre-temps bien réussi pour un final parfaitement synchronisé.

Wide Open Killingfeld I : Des vagues, une flûte, un instrument à vent dont j'ignore le nom, des cordes, et des vagues de plus en plus proches; voila dans quoi baigne cette introduction. Les bruits vont se faire de plus en plus forts et inquiétants, comme si les vagues étaient de mauvaise augure... Lorsqu'elles viennent vers nous, le son monte et l'ambiance s'assombrit le temps de quelques secondes. Peu avant la moitié du morceaux, ce sont les instruments à vent qui prennent le dessus, mais à ce moment du morceau je ne suis plus tout à fait sûr qu'il s'agisse encore d'instruments à vent... Car bien que ça ne fasse aucun doute dans les premières minutes, il semblerait que plus on avance, plus ce "son" est retravaillé; mais il s'agit bien d'une flûte qui crée cette ambiance de plus en plus sombre. En somme, Steven Wilson a su recréer une plongée dans un océan sonore, ce moment magique où vous êtes sous l'eau, au beau milieu de l'océan, à écouter les vagues retomber sur la surface et le bruit des fonds marins qui remontent vers vous... Une pure merveille. Oui, tout à fait, c'est du vécu :o) Mais chacun l'interprète comme il le souhaite. Je crois que chaque chanson ou morceau nous rappelle une image ou un moment particulier de notre vie... La différence avec un morceau de Bass Communion comme celui-ci, c'est que notre imagination est 10 à 100 fois plus sollicitée. Que se soit par les images, le son, l'odeur, la température, ou toute autre sensation; elles nous envahissent grâce au son, dans ce moment où nos souvenirs ont choisi de nous transporter...

FACE D :

Wide Open Killingfeld II : Le morceau commence par la résonance d'un son plutôt malsain, un autre vient s'ajouter quelques secondes plus tard mais la première s'amplifie et l'efface. Plus tard, d'autres samples viennent nous surprendre voire même nous faire sursauter. Un son électronique très désagréable ajoute encore plus de noirceur à cette ambiance, au fur et à mesure elle deviendra de plus en plus malsaine et le sample électronique de plus en plus fort... Toujours aussi répétitif, il va continuer jusqu'à la fin du morceau mais tout en changeant de note et de tempo. Une minute avant la fin, plus rien, on en avait presque oublié le premier son qui en fait a duré tout au long de ces 5'52. Ce morceau, qui n'apparaît que sur cette version vinyle, n'a donc quasiment aucun lien avec le morceau de départ, mais il aura au moins le mérite de nous surprendre. Son écoute demande cependant de la patience et du courage, en d'autres termes; ne l'écouter pas avec le même a priori que le morceau original, vous n'en éprouverez pas les mêmes sensations; loin de là...

Wide Open Killingfeld III : Retour à l'océan pour cette troisième partie, la flûte produit un son vraiment aigu (toujours avec ce coté malsain). Un bruit de tremblement venant du vent fait son apparition comme si un tsunami allait nous balayer mais ce tremblement ne fait que compléter le bruit du vent, on distingue également plusieurs objets se cogant sans cesse à cause du vent qui souffle de plus en plus (ce son était également présent dans la première partie mais beaucoup trop faible pour être réellement important). Rien de bien exceptionnel par rapport au morceau de départ si ce n'est quelqus sons de corde de guitare retravaillés qui accompagnent la flûte et ce vent qui semble venir de loin sans jamais nous attendre. Parfois on peut aussi le confondre avec le son d'un coquillage lorsqu'on le colle à l'oreille. A part les vagues, je ne vois aucun point de départ commun à ces trois morceaux, j'imagine que lors de la création du II, il devait être d'une humeur ou dans une ambiance très différente pour mettre autant de noirceur. (On ne compose jamais de la même façon selon notre humeur n'est-ce pas ? )... Le III pourrait quant à lui constituer une réelle suite au morceau original.

En conclusion, c'est un album très riche que Steven Wilson nous offre avec ce Bass Communion II (personnellement je le trouve mieux réussi que le premier, mais avec ce genre de "musique" (je préfère parler de travaux sonores), c'est avant tout une question de sensations et de goût personnel, car je ne crois pas que l'on puisse noter ou évaluer la qualité "musicale" d'un album de Drone. A vous de vous en faire une opinion avec ce que ce Bass Communion aura apporté à votre imagination ainsi que vos souvenirs retrouvés... De façon plus objective, le travail sur les samples est assez complet, parfois un peu volatile (on ne perçoit pas tout ou trop tard) ce qui en fait, comme tous les Bass Communion, un album à écouter plusieurs fois pour en décortiquer tous les secrets, un très bon album.

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